Cambodge

Angkor Wat

Il est des noms dont la musicalité, la puissance d’évocation, me transportent aussitôt que je les entends dans un ailleurs rêvé.

Angkor est de ceux là !

Mais la carte n’est pas le territoire. Sur près de 100 km2, Angkor compte plus de quatre-vingts temples. J’en découvre une petite dizaine, construits entre le IXème et le XIVème siècle.

Comment ne pas être subjuguée par ces merveilleuses apsaras qui enchantent mes déambulations dans le labyrinthe du « temple – montagne » d’Angkor Wat?

Et par ses longues galeries de bas-reliefs relatant épisodes historiques et récits légendaires (barattage de l’océan de lait) ?

Comment ne pas être impressionnée au temple de Bayon, par les tours au visage d’un Bouddha  serein, bienveillant et mystérieux ?

Pourtant, ce sont les temples de Banteay Srei  et de Ta Prohm qui, de manière tout à fait subjective, m’ont le plus touchée.



Banteay Srei est un temple de petite taille, tout de grès rose et ocre, construit au Xème siècle. Un bijou d’orfèvrerie !

Je déambule dans un décor sculpté d’une rare beauté.

Je lève la tête et découvre au fronton des bibliothèques, des scènes mythologiques où interviennent Shiva, Vishnu, Indra, entourés d’éléphants, de feuillages et d’oiseaux ciselés avec une incroyable finesse.

Mais soudain, mon regard est attiré par une ravissante divinité, toute en courbes et douceur, qui sourit aux rayons du soleil couchant. Et puis, c’est le raffinement d’une porte au linteau et montants ornés de volutes végétales qui me laisse béate d’admiration.

Je parviens, entre les sanctuaires aux murs percés de colonnes ondulées, à une cour, vide, comme abandonnée et pourtant gardée de chaque côté par des singes assis, très dignes sur leur piédestal.

Est-ce la fin du jour, teintant d’or rouge ces témoins de pierre qui nous parlent avec tant d’éloquence des splendeurs d’un passé révolu ?

Est-ce la permanence et l’universalité de la beauté qui m’émeut ?

C’est avec un profond sentiment de mélancolie que je quitte Banteay Srei.



Je suis arrivée au temple de Ta Prohm sans rien savoir de son histoire ni de son exploitation cinématographique récente. C’est donc vierge de toute représentation préalable que je découvre, dans un entremêlement fantastique de racines et de lianes, les ruines de ce temple du XIIème siècle.



Je n’ai jamais rien vu de semblable. Les racines tentaculaires d’arbres à la peau d’or pâle enserrent le monument d’une poigne de fer. Comme des coulures de lave, elles dévalent le toit du temple, s’infiltrent entre les pierres d’un mur, éboulent la voûte d’une galerie. J’ai appris depuis que ce sont des « spung » ou bien des figuiers « étrangleurs ».

C’est tout juste si leur étreinte mortelle laisse encore apparaître ici,  le visage d’une devata prisonnière d’une racine, là, Bouddha entouré par le roi des nagas, cobras protecteurs, et Garuda, l’aigle.

Quelques médaillons sur un mur, les restes d’un édifice dont on ne connaît pas la fonction qui restera peut-être à jamais mystérieuse.

Ce qui se montre dans la visite de ce lieu c’est ce combat entre la nature, la jungle, ici, reprend ses droits, et la culture, qui aussi raffinée soit-elle, est une œuvre humaine fragile.

La beauté de ces arbres frappe autant par la puissance qu’elle dégage que par l’esthétique de leurs formes et de leur croissance. Elle semble intemporelle.

L’œuvre humaine bouleverse par ses élans et ses efforts désespérés, parfois paradoxaux, pour atteindre le beau, le vrai, le juste. Elle est belle dans son intense fragilité.

Pourtant à Ta Prohm, ce qui me touche le plus profondément, c’est la beauté de l’étreinte de la  Nature avec la Culture et l’œuvre commune qu’elle crée, à l’instant où je la perçois, dans une conjugaison du passé au présent.



De retour à Siem Rep, le nom d’Angkor, me parvient comme l’écho d’une musique ancienne, un soupir exprimant à la fois l’amour, la gratitude et la peine.

Nulle nostalgie pourtant en observant la vie des hommes, des femmes et des enfants dans la ville aujourd’hui. Je retrouve dans leur énergie vibrionnante, leur créativité et leur courage, associées à une foi fervente, quelque chose qui me rappelle la force drue de la jungle et la puissance d’une culture, qui malgré la tragédie de l’histoire, plie parfois mais renaît toujours plus vivante.

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