Java

Banyuwangi : immersion dans la vie et la culture indonésienne (2/2)

Moi, une star ? Vous m’avez bien regardée ?

Aznavour chantait « je m’voyais déjà en haut de l’affiche … ». Et bien moi, pas du tout. Et puis, je n’ai plus 18 ans et je n’ai pas quitté ma province. Alors, comment se fait-il que partout où je me promène, on me demande de faire des selfies ?

La première fois que cela m’est arrivée, ce sont de jeunes écolières d’une petite dizaine d’années qui, dans le jardin de taman sritanjung, m’ont accostée.

Toutes les deux rigolent beaucoup en regardant leur téléphone et me regardant ensuite. Elles finissent par dire un seul mot « photo ». Comme j’ai mon appareil à la main, je pense qu’elles souhaitent que je fasse des portraits d’elles. Mais quelle n’est pas ma surprise quand l’autre mot qui sort en cœur de leur bouche est « selfie ». Assez incrédule, je les regarde et elles me répètent « selfie ». Je leur souris et je me rends compte à quel point cette photo est importante pour elles. Alors, je me mets à leur hauteur, je sors mon plus beau sourire, pas trop crispé et je dis « ok ». Elles sautent de joie, se munissent de leur téléphone et commence la séance photo.

Depuis, de nombreux enfants ou adultes me demandent de prendre des photos avec eux.


Curieuse de comprendre, je demande à mes hôtes et ils me donnent les éléments de réponse suivants :

  • Dans la culture indonésienne, le fait d’approcher un orang putih, c’est à dire un homme blanc / femme blanche, est un porte-bonheur. En effet, les Blancs sont à leurs yeux des chanceux et des riches. Donc être proche d’eux, sur une photo qui en sera le témoignage, favorise leurs propres chances de réussir
  • Cela leur permet de pratiquer l’anglais
  • C’est un souvenir à montrer à leur famille et amis car ils ne croisent pas d’occidentaux tous les jours.

A chaque fois, la demande a toujours été empreinte de respect et le fait d’accepter les a rendus apparemment très heureux. J’avoue qu’à la longue, cela peut blaser un peu mais souvent cette demande me fait sourire.

Ce midi, ce fut une entrée en matière assez exceptionnelle. Je déjeunais dans un « warung » en bord de mer et je voyais du coin de l’œil quatre jeunes garçons, passer et repasser devant moi. Je les vois discuter, rigoler, à priori définir une stratégie.
Ils viennent tous les quatre à côté de ma table et me saluent avec un « Hello Miss et un grand sourire ». Puis, ils empoignent leur téléphone et lisent à tour de rôle : « hello, my name is… ». Une fois que ces quatre garçons se sont présentés, le plus téméraire me pose cette fameuse question : « could we take a picture with you Miss ? ». Attendrie par tant d’efforts pour une photo, je leur souris en retour et accepte de bon cœur. Moi qui souhaite éviter d’être en photo sur Facebook ou Instagram, j’y suis vraisemblablement maintenant avec le commentaire suivant « avec mon amie française »…

Cela dit, si ça leur permet de frimer à la récré auprès de leurs copains, ce n’est tout de même pas bien méchant. 😊

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I am taking a bath in the bathroom

Mes hôtes ont des « partenariats » avec des professeurs d’anglais. Aussi, quand j’arrive au sein de l’auberge de jeunesse, Gesty me demande si je serais d’accord pour échanger avec l’un d’entre eux.

Je rencontre donc Budi le lendemain. Il enseigne à des élèves de cours élémentaire. Il m’explique que pour développer l’envie des enfants à parler anglais, il cherche à faire intervenir des occidentaux dans ses classes et/ou dans ses cours privés afin qu’ils se rendent compte de l’importance d’apprendre cette langue.

J’interviens une première fois lors d’un cours privé avec un jeune garçon de neuf ans, Ilham. Nous avons joué en anglais puis le cours consistait en des questions/réponses afin que Ilham puisse développer son vocabulaire. Budi traduisait parfois certaines phrases lorsque la curiosité et la volonté d’échanger du jeune garçon était plus forte que sa capacité de formulation. Touchée par ses yeux pétillants et sa soif d’apprendre, je me suis rendue compte à quel point ma venue chez lui rendait son apprentissage concret. C’est ainsi que je participe, le jour suivant, à un cours d’anglais au sein de l’établissement de Budi .

En arrivant, les enfants me regardent, je suis l’attraction de la journée. Budi me conseille d’aller dans la cour de récréation afin que les enfants se familiarisent avec moi et osent me poser des questions. Une ruée d’enfants accourt vers moi pour faire des photos (mon appareil a toujours été un bon brise-glace 😊). Certains me disent les quelques mots d’anglais qu’ils connaissent. Ils me demandent mon prénom, d’où je viens et ils se présentent à leur tour. Lors de ces quelques minutes avec eux, je me rends compte que quels que soient la culture, la religion (je suis dans une école musulmane), le pays, les enfants sont des enfants. Ils ont les mêmes envies, les mêmes yeux rieurs, les mêmes jeux de football ou de basketball à la récré. Il y a même une marelle.


Chaque cours commence par une prière. Je les regarde en silence.

Puis nous commençons à jouer en anglais. Le but est de briser la glace et que les élèves me posent des questions pour que je me présente.

Je suis très rapidement mise à contributions et d’un coup c’est moi qui anime le cours d’anglais. Heureusement qu’ils ont huit ou neuf ans et que le cours du jour concerne les pièces d’une maison. Chez nous, nous avons « where is Bryan ? Bryan is in the kichen. » Ici, c’est plutôt « I am taking a bath in the bathroom ». Dans tous les cas, c’est du même niveau.



Les 32 élèves de cette classe m’impressionnent. Leur appétit de ne pas en rater une miette est palpable. C’est la première fois qu’une occidentale vient à leur rencontre.

Je me lance. Je leur pose des questions en leur racontant des histoires, ils rigolent. Je fais le clown… Ils sont intrigués par mon nez qui est différent du leur (nez « plat » versus nez « droit »).

Puis, Budi organise un concours entre les garçons et les filles. J’en suis l’arbitre afin de valider la meilleure prononciation et l’utilisation du vocabulaire adapté. Les filles gagnent. Et là, tout d’un coup, il réunit les garçons ayant perdu, d’un seul point, pour les punir. Perplexe, je le vois donner les consignes. Chaque garçon doit faire une danse ou épeler son prénom en formant des lettres avec leurs genoux.

J’ai trouvé très ingénieux l’apprentissage de la langue par les jeux et la chanson. Cela a rendu le cours vivant et changeait des listes de vocabulaire et de verbes que j’avais à apprendre à leur âge. Cependant, j’ai été surprise qu’à l’issue du concours, les garçons soient pointés du doigt comme « les losers ». Budi m’explique que cela fait partie des us et coutumes afin de pousser chaque élève à donner le meilleur de soi même.


Nous passons une heure ensemble et à la fin ils me disent au revoir en espérant que je reviendrais les voir. Cette heure et demie en compagnie d’enfants fut assez incroyable et me rappelle l’essence de mon voyage : le partage, l’échange et la simplicité des rencontres.


A l’issue du cours, Budi m’invite à déjeuner. Nous discutons de mon voyage et nous nous heurtons une nouvelle fois à nos différences culturelles. C’est la première fois que l’on m’exprime aussi clairement de l’incompréhension vis-à-vis de mon projet. Il me « reproche » de ne pas penser à ma famille, à ma communauté en me disant que je devrais gagner de l’argent pour aider ma famille et subvenir à ses besoins plutôt qu’être oisive en vacances. Il ne comprend pas non plus comment je peux vivre éloignée et quand je dis éloignée, comment cela se fait que je ne vive pas avec mes parents, mes grands-parents, mon frère et sa famille voire mes oncles et mes tantes … Quand j’y pense, j’ai la musique de « Si j’avais un marteau » en tête et rien que l’idée que nous vivions tous sous le même toit m’amuse.

J’essaie de lui expliquer que mes parents seraient très inquiets si j’étais un « Tanguy » et qu’ils auraient la perception d’avoir raté quelque chose. Vous vous souvenez du film « Tanguy » ? Et bien, je vous promets que si je vivais encore chez eux, ils feraient tout leur possible pour que je prenne mon envol.

Nous débattons et il n’a d’ailleurs pas l’habitude qu’une femme lui tienne tête. Tous les sujets y passent : la famille / la communauté versus l’individualisme, les vacances versus le travail, les pays riches versus les pays en développement et tant d’autres sujets.

Je me rends compte que cet échange animé se base sur nos expériences, sur notre culture, sur notre éducation, nos repères et lorsque nous touchons aux fondamentaux voire aux valeurs, il faut garder l’esprit ouvert et ne pas se braquer (ce que nous avons tous tendance à faire instinctivement).


Alors sans jugement et avec ouverture, j’essaie de lui faire entrevoir d’autres options. Qui sait quelle graine nous semons en débattant.

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