Vietnam

One night only !

Je pars de Kon Tum pour rejoindre la côte. Je prévois de faire les 250 kilomètres en deux jours. Lorsque j’arrive en début d’après midi sur le lieu de mon étape vers Quảng Ngãi, rien ne m’attire. Même pour une nuit, je n’ai pas envie de m’arrêter ici. Cela fait sept semaines que je rêve de la mer, de beauté et de simplicité. Alors, au lieu de décélérer, je passe la 4ème. Je m’engage sur la nationale, direction un bungalow les pieds dans l’eau.

Une fois les 80 kilomètres engloutis, je passe devant l’hôtel que j’avais identifié. Nous sommes en fin de journée. Le lieu a l’air abandonné, délabré. Mon coin de paradis est un resort fantôme. Alors sans même franchir l’allée, je poursuis la route. Les kilomètres suivants, je me questionne. Vais-je directement à Hôi An ? Ce n’est que 45 kilomètres de plus ! Est-ce que je franchis le portail d’entrée pour mieux me rendre compte ? Je me suis peut-être fait une fausse idée.

J’entre la direction de Hoi An dans le GPS. Je dois faire demi-tour. Je vais donc forcément repasser devant ces bungalows qui m’avaient tant séduite quand je les avais vus sur Booking.

Hésitante, je reprends la route. Vais-je tout droit, à droite… ? Cette question, tout droit, vers Hôi An, ou à droite, pour entrer dans le complexe, je ne cesse de me la poser. Tout droit ? A droite ?

Au dernier moment, juste avant de dépasser l’allée d’entrée, je rétrograde, je tourne. Maintenant que je suis là, autant jeter un coup d’œil.

Une fois, le porche franchi, j’avance doucement sur le chemin mal éclairé. De part et d’autre, de vieux bâtiments décrépis jaunes. Après une arche, des cocotiers et une forêt de pins longent l’allée. Sortis d’une époque lointaine, un kiosque puis une statue apparaissent.

Au crépuscule, j’ai l’impression de rejoindre un site hanté. Je m’imagine le début d’un film d’horreur. Ma musique mentale indiquerait aux spectateurs qu’il va se passer quelque chose de lugubre. Tout pousserait ces derniers à dire : « ’N’y vas pas ! » « Fais demi-tour !» « Rien de bon ne t’attend si tu persistes ».

Finalement, après cent mètres, j’atteins le parking. Je suis assaillie par une meute de chiens aboyant et montrant les crocs. Je n’ai pourtant pas vu de pancarte « Attention chiens méchants ! ». Tout va bien ? Rien n’est moins sûr…

Surgit d’un bâtiment, un jeune homme. Il me dit en anglais : « N’ayez pas peur. Ils sont gentils. Ils ne mordent pas. C’est leur manière de nous alerter et d’accueillir les visiteurs ».

« Y’a-t-il de la place ? ».

Evidemment ! Il n’y a aucun touriste sur place. Je suis la seule à m’être aventurer jusqu’ici. Il me guide vers mon bungalow. J’entre. C’est simple et rustique. Pas très accueillant mais fonctionnel : un lit, une moustiquaire, une douche. Je regarde autour de moi. Tout est écaillé, fissuré. Qu’avais-je fantasmé ? Un lieu douillet les pieds dans l’eau ? Retour à une réalité plus brute. En comparaison, ma chambre à Kon Tum me parait un palace. Est-ce dû au fait que je n’ai pas voyagé depuis longtemps que je suis rebutée ?

Vais-je rester ? J’hésite. J’acquiesce. Deux minutes plus tard, je me ravise. En allant rejoindre ma moto, je fais un crochet par le restaurant et la plage adjacente. Je tombe sous le charme. J’assiste béate à un superbe coucher de soleil. Je m’assois sur la plage. Je respire les embruns de la mer devant ce spectacle séculaire. C’est serein, simple, ressourçant, enivrant.

Il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis. Quitte à passer pour une girouette, je retourne voir le jeune homme qui m’avait accueillie. Je reste. Une nuit seulement. Demain, je repars.

Il me propose de diner avec la famille. Nous sommes une tablée de huit. Le couple de gérants, leur fils et le grand-père, deux européens en volontariat, une américaine ayant pris ses quartiers ici depuis plus d’un an et moi. La discussion en anglais va bon train. Je découvre chacun des membres de cette famille recomposée. Chacun a une histoire différente. Tous ont un point commun : profiter des joies élémentaires de la vie sans chercher à avoir plus, ni à transformer l’existant.

Bercée par le bruit des vagues, éclairée par les lumières des bateaux de pêcheurs au loin, je marche au bord de la mer. Accompagnée des chiens et des étoiles, je profite de l’immensité du lieu, de sa quiétude. Je découvre à chacun de mes pas, l’éclat du lieu. C’est une beauté qui se dévoile. Elle n’est pas immédiate. Elle se mérite. Il faut aller au-delà de ses préjugés et de ses doutes. Je quitte peu à peu l’univers de « Shining » pour celui de « Bagdad Café ».

Le lendemain, je me réveille à l’aube. Sur la plage, c’est l’effervescence. Dans le rose de l’aurore, enfants et adultes marchent, se baignent, font du yoga, du football… Tel un swing des années 60, leur énergie est communicatrice. Je cale mon pas sur le leur. Je me laisse envahir par cette vitalité matinale.

Quand je reviens à mon bungalow, je regarde autour de moi. Le lieu me semble identique mais différent. Ma vision a changé. En un fragment de seconde, une seule évidence, je reste. Je souhaite profiter de ce bout du monde, loin de tout.

« One night only ! » Ils en rigolent encore ! Cela fait un mois que je suis dans ce petit paradis. La fille de la ville devient une fille de la nature. La simplicité de la vie me correspond. Je deviens un membre de la famille, de la communauté.

La suite ? Ce sera pour une prochaine histoire.

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