Les portraits de Baloo

Putra

« To know men, you have to see them act. »

Jean-Jacques Rousseau – Emile ou De l’éducation



I would like to tell you about a remarkable episode in Putra’s life.

I meet Putra in Pulau Weh. He is living there for almost 15 years. Few years ago, while visiting his parents in Aceh area, a friend calls him. He informs him his house is on fire. He thinks it’s a bad joke and hangs up. However, his friend looks serious. Then, he decides to give a call to another of his friends to make sure of the situation. During that call, the tragic news is confirmed: his house is burning. The blaze does not allow anyone to approach to save anything. He can’t believe it. So, he calls his manager, Julien, to go to his place. On the spot, Julien sends him some pictures.  Putra can only face the obviousness. His house doesn’t exist anymore.

The day after, he takes the ferry to come back to his place. In the rubble, everything is charred. There’s nothing left. His belongings are now limited to the few things he took with him for his weekend. He thanks his loved ones for their words and then he remains alone. He sits next to the smoldering ashes of what was his roof. He’s crying. He’s praying. He’s thinking about his life now. He stays there in this dreadful setting without moving. After three hours, he gets up. One conviction. It could have been worse. He could have died that night.

Consciously, he makes two decisions. The first, he’ll never come back in this place again. The second, life must go on.

He meets Julien to inform him that he is returning to work the next day. Julien insists to take few days to recover. His answer is doubtless, no! Life goes on, it is its lifeline. He is committed to being professional and in a good mood. Accompanying divers does not suffering soul states. He needs to focus on his work, on positive things. Julien insists on helping him. Putra necessities are clothes and some daily things:  a towel, a toothbrush, flip flops… Julien and other friends give him what he needs.

The news spreads off on the island and beyond through social media. All the divers he is in touch with, send him messages of sympathy. Without asking anyone for help, a chain of support is set up led by one of her friends, Melanie. She communicates the information via Facebook. Many wish to help him in this ordeal. Melanie sets up a donation to help him to rebuild a house.

After few months, she called him to let him know. Astonished by such news, Putra does not know how to react. So, he decides to invest each rupee in the construction of a house.

A new step opens for him. After the tragedy, he rented a room and then an apartment. He is now  able to build. The information quickly went around the village. Scandalmongers would accuse him of having set his house on fire. Some believe that his plan was to use his relations with Westerners to win the prize. Facing these reactions, Putra lets it flow. He doesn’t say a word. He’s taking the time. Months later, he set out in search of land. Julien, at that time, proposed to sell him a part of his property. But Putra needs to think, to look at all the options. Finally, few weeks later, he accepts the proposition. He chooses an apart slot where he feels good vibrations.

Once the purchase of the land is completed, he draws the plans for his house. He chooses the materials. Against all expectations due to what he had experienced, his house will be made of wood. He wants to respect nature. Concrete is not a solution. Every day, he’s on the construction site. He follows every step. He makes sure that the donated funds are used the best way. After six months construction, his house is completed. Since few months now, he has been living there and the hammock has been installed.

At the end of the works, with the help of Melanie, he thanks each of the donors. He posted pictures of his house on Facebook. He informs them that everyone will always be welcome at his place because it is also their home. Soon he will christen this house « Rainbow Family » in tribute to all those who supported him in this drama. Whatever the color, the country, the religion, everyone has been present for him and he would like to thank them.

This episode is the most tragic and happiest of his life. The rainbow heralds happy moments.

This episode aside, Putra tells me that his life choices have not always been understood by his family. For some, the loss of his home was even a sign. His cousins have done a list of what he should change: his haircut, his clothes, his work, his passion, his way of life. Without having to convince me, he argues on each of these points. For him the most important thing is to be aligned with who he is. Not to try to be someone else. Not to push people to change and especially the ones you love. Being yourself is a full-time job. Not falling into judgment is fundamental. To love without expecting anything in return is his philosophy of life.

So, when I ask him what is his few in « it takes a few to be happy ». He answers, looking at me straight in the eyes: a good meal, a roof and discussions.

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« Pour connaître les hommes, il faut les voir agir ». Jean-Jacques Rousseau – Emile ou De l’éducation.

Je voudrais ainsi vous raconter un épisode marquant de la vie de Putra.

Je rencontre Putra à Pulau Weh. Il y vit depuis près de 15 ans. Il y a quelques années, alors qu’il rendait visite à ses parents dans la région de Aceh, un ami l’appelle. Il lui dit que sa maison est en train de brûler. Pensant que c’est une blague de mauvais goût, il raccroche. Cependant, son ami a l’air sérieux au téléphone. Il décide donc d’appeler un autre de ses amis pour s’assurer de la situation. Lors de cet appel, on lui confirme la tragique nouvelle : sa maison est en feu. Le brasier ne permet pas de s’approcher pour sauver quoi que ce soit. Il ne peut y croire. Il appelle donc son manager, Julien, afin qu’il se rende sur les lieux. Sur place, Julien lui envoie des photos. Putra ne peut que se rendre à l’évidence. Sa maison n’est plus.

Le lendemain, il prend le ferry pour se rendre sur les lieux. Dans les décombres, tout est calciné. Il ne reste rien. Ses biens se limitent maintenant aux quelques affaires qu’il avait emportées pour son week-end. Il remercie ses proches des mots de soutien puis il reste seul. Il s’assoit à côté des cendres fumantes de ce qui fut son toit. Il pleure. Il prie. Il réfléchit à sa vie maintenant. Il reste là dans ce décor funeste sans bouger. Après trois heures, il se relève. Une seule conviction. Cela aurait pu être pire. Il aurait pu mourir ce soir-là.

Consciemment, il prend deux décisions. La première, il ne remettra plus jamais les pieds en ce lieu. La seconde, la vie continue.

Il va donc voir Julien pour l’informer qu’il reprend le travail dès le lendemain. Julien insiste pour qu’il prenne quelques jours afin de se remettre. Sa réponse est sans appel, non ! La vie continue, c’est sa planche de salut. Il s’engage à être professionnel et de bonne humeur. Accompagner des plongeurs ne supporte pas d’avoir des états d’âme. Il a besoin de se concentrer sur son travail, sur ce qui lui reste de positif. Julien insiste pour lui venir en aide. Ce dont Putra a besoin, ce sont des vêtements et quelques affaires quotidiennes : une serviette, une brosse à dents, des tongs… Julien et d’autres de ses amis vont ainsi lui donner ce dont il a besoin.

La nouvelle se répand sur l’île et bien au-delà par les réseaux sociaux. Tous les plongeurs avec qui il a gardé contact lui envoient des messages de sympathie. Sans demander de l’aide à quiconque, une chaîne de soutien se met en place menée par l’une de ses amies, Melanie. Elle communique l’information via Facebook. Nombreux sont ceux qui souhaitent l’aider dans cette épreuve. Melanie met en place une donation pour l’aider à reconstruire une maison.

Après quelques mois, elle l’appelle pour l’en informer. Sous le choc de la nouvelle, Putra ne sait comment réagir. Alors il s’engage à investir chaque roupie dans la construction d’une maison.

Une nouvelle étape s’ouvre pour lui. Après le drame, il avait loué une chambre, puis un appartement. Il peut désormais bâtir. L’information fait vite le tour du village. De mauvaises langues l’accusent d’avoir lui-même incendié sa maison. Certains pensent que son plan était d’user de ses relations avec des occidentaux pour gagner le pactole. Face à ces réactions, Putra « laisse couler ». Il ne dit pas un mot. Il prend le temps. Au bout de quelques mois, il se met en quête d’un terrain. Julien, à ce moment-là, propose de lui vendre une partie de sa propriété. Mais Putra a besoin de réfléchir, de regarder toutes les options. Finalement, quelques semaines plus tard, il accepte la proposition. Il choisit une parcelle éloignée où il ressent de bonnes vibrations.

Une fois l’achat du terrain concrétisé, il dessine les plans de sa maison. Il choisit les matériaux. Contre toute attente, compte tenu de ce qu’il avait vécu, sa maison sera en bois. Il souhaite respecter la nature. Le béton n’est pas une solution. Tous les jours, il est sur le chantier. Il suit chaque étape. Il s’assure que les fonds donnés sont utilisés au mieux. Après six mois de construction, sa maison est là. Depuis quelques mois, il y habite et le hamac est installé.

Dès la fin des travaux, avec l’aide de Melanie, il remercie chacun des donateurs. Il publie sur Facebook des photos de sa maison. Il les informe que chacun sera toujours le bienvenu chez lui car c’est aussi chez eux. Bientôt il baptisera cette maison « Rainbow Family » en hommage à toutes les personnes qui l’ont épaulé dans cette épreuve. Quels que soient la couleur, le pays, la religion, chacun a été présent pour lui et il tient à les remercier.

Cet épisode est le plus tragique et le plus heureux de sa vie. L’arc en ciel annonce des moments heureux.

Au-delà de cet épisode, Putra me confie que ses choix de vie n’ont pas toujours été compris par sa famille. Pour certains la perte de sa maison était même un signe. Ses cousins lui ont fait la liste de ce qu’il devrait changer : sa coupe de cheveux, ses vêtements, son travail, sa passion, son mode de vie. Sans avoir besoin de me convaincre, il argumente pourtant sur chacun de ces points. Pour lui le plus important est d’être en accord avec qui l’on est. De ne pas chercher à être un autre. De ne pas vouloir non plus changer les gens et surtout ceux que l’on aime. Être soi est un travail à temps plein. Ne pas tomber dans le jugement est fondamental. Pour lui, aimer sans rien attendre en retour est sa philosophie de vie.

Alors quand je lui demande quel est son peu dans « il en faut peu pour être heureux ». Il me répond droit dans les yeux : un bon repas, un toit et des échanges.

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