Vietnam

Cân Tho’, Hô Chi Minh City, Hôi An

C’est la première fois que j’écris mes aventures près de trois mois après les avoir vécues. C’est une expérience d’écriture nouvelle basée sur mes souvenirs et mes impressions. Aussi, pour partager avec vous ces étapes, je souhaite prendre un angle d’attaque différent. Pour chacune de ces trois villes, Cân Tho’, HCMC et Hôi An, je vais partager avec vous trois mots symbolisant mon ressenti ou bien le récit d’anecdotes.

Pour Cân Tho’, me viennent à l’esprit :

Galère : Le trajet de bus pour me rendre à Cân Tho’ dure plus de dix heures au lieu des quatre annoncées à mon départ de Kampot, au Cambodge. A chaque changement de minibus, cinq au total, je passe des heures dans des gargotes à attendre. Lorsque j’atteins enfin la gare routière, il fait nuit noire et je n’ai pas un Dong en poche. Pour pouvoir prendre un taxi et me rendre à mon auberge, je dois trouver un point wifi et un distributeur. Il n’y en a évidemment pas au terminus des autocars. Pour cela, je dois rejoindre le supermarché, dans la zone industrielle, située non loin. Seul problème, il faut traverser une route à deux fois trois voies sans feux de circulation. Les vietnamiens font cela les yeux fermés. Moi, épuisée par mon voyage, harnachée de tout mon paquetage, je tremble. J’y arrive non sans peine. Je commande un taxi. Il ne parle pas un mot d’anglais. Moi pas un mot de vietnamien. Il m’arrête à la mauvaise adresse et j’erre pendant une heure. Evidemment, lorsque j’arrive tout est quasiment éteint. Je pose mon sac. Je mange une soupe et je dors. Demain sera un autre jour.

Marchés flottants moribonds : La balade en bateau à moteur sur le Mékong pour visiter des marchés flottants est l’une des attractions touristiques les plus cotées. Il faut se lever vers 4h du matin pour assister à la mise en place et au pic d’activités. Malheureusement, parmi la multitude de bateaux de touristes, seuls quelques vendeurs se battent en duel. J’observe, désabusée, des hordes de zombis, appareils photo et vidéos à la main, qui tournent plusieurs fois autour de pauvres commerçants ayant quelques fruits et légumes. C’est un spectacle désolant. Les marchés flottants ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. J’ai l’impression de regarder une bande de charognards sur une proie dépecée.

Gentillesse : Quelles que soient les mésaventures rencontrées, j’ai toujours été épaulée, guidée, accueillie avec sourire et bienveillance. Kim et Anna m’ont offert une bouteille d’eau quand je suis arrivée à 22h, éreintée, avant de me poser la moindre question. Elles ont d’ailleurs été d’une aide précieuse dans toutes les petites choses pour me mettre le pied à l’étrier dans ce nouveau pays et cette nouvelle culture. Lin qui malgré sa cuisine fermée me prépare, comme elle le peut, un snack afin que je ne parte pas me coucher le ventre vide. Hạnh, le batelier, m’offre de la pastèque et des fleurs lors de notre balade sur le Mékong…Même si je ne garderai pas un souvenir impérissable de la ville de Cân Tho’, la chaleur des personnes rencontrées m’a conquise.

Pour Hô Chi Minh City, HCMC ou encore Saigon, ce sont les suivants :

Energie : Dès que je pose un pied dans cette ville, je suis saisie par sa vie bouillonnante. Le trafic, la clameur des scooters, les constructions en cours ou à peine achevées, les commerces de rue… HCMC me fait penser à une fourmilière frénétique et indisciplinée. De jour comme de nuit, tout le monde s’active, vit, interagit, commerce, flâne, entreprend. Si elle peut étouffer par son désir de développement rapide, elle me grise par sa soif de vie.

Hétéroclite : En la sillonnant à pied, je découvre ses nombreuses facettes. Evidemment, l’ancienne Saigon est marquée dans son architecture comme dans sa culture par près de cent ans d’influence française : le Palais du gouverneur de la Cochinchine devenu le Palais de la réunification, la poste centrale charpentée par Gustave Eiffel, la Cathédrale Notre Dame…

Même s’il n’y eut pas de bain de sang lors de sa chute, elle l’est aussi par la guerre du Vietnam. En étant le cœur et le moteur de la puissance américaine dans la région, lors de la victoire des Nordistes, elle fut mise au ban du pays réunifié. Le musée des vestiges de la guerre et le palais de la réunification mettent en lumière les horreurs des affrontements, les exactions américaines et les effets du napalm sur la population. A la différence macabre des Khmers Rouges qui avaient exterminé les cambodgiens, je vois, 45 ans après la fin du conflit, des hommes et des femmes amputés d’un membre ou ayant des malformations. Cela me fait penser à nos « gueules cassées ». La barbarie n’a pas de frontières, ni de temporalité.
J’en constate une nouvelle fois, impuissante, les stigmates.

Mais on ne peut la limiter à cela. Hô Chi Minh City a su se relever du colonialisme et du communisme austère et reprendre son essor. Je la découvre alors urbaine, moderne, cosmopolite. A tel point que je souris quand tout de rouge vêtu, KFC fait face aux drapeaux vietnamiens et communistes.

Julie : Je la rencontre un jour en sortant de mon auberge. Elle est professeure d’anglais et elle a une cinquantaine d’années. Elle m’arrête et me demande d’où je viens. Quand je lui apprends que je suis française et que j’habitais à Lyon, elle me demande si j’accepterais de boire un café avec elle. Sa fille doit partir à Lyon en avril pour faire une école d’infirmière. Nous passons une heure à discuter. Elle me demande des conseils, me questionne sur les quartiers, les prix des appartements, la cuisine française…Nous parlons à bâtons rompus de la France, du Vietnam, des voyages, de la vie. Nous prévoyons de déjeuner ensemble le lendemain avec sa fille. Malheureusement un contretemps nous en empêche. Je lui transmets alors mes coordonnées afin que sa fille puisse me contacter si besoin. Mais voilà, c’est le contraire qui se passe. Les mesures concernant le coronavirus contraignent toute la population. Julie s’inquiète pour moi. Telle une mère, elle m’envoie des messages, me guide et prie pour moi. C’est étonnant le lien qui s’est tissé en l’espace d’une heure. Je ne sais pas si je la reverrai. Elle sera, pourtant, à jamais, une maman vietnamienne pour moi.

Enfin pour Hôi An, je garde en tête ceci :

Incertitude : Lorsque j’arrive à Hôi An, la pression liée au coronavirus monte. C’est le sujet de discussion qui est sur toutes les lèvres. Chacun y va de son questionnement, de ses doutes, de ses angoisses. L’avenir est insondable. C’est pour moi un carrefour. J’avais toujours su que le cadre de mon itinéraire était flexible. Depuis lors, le cadre a volé en éclat. La seule chose que je sais, c’est que je ne sais pas. Souhaité ou subi, vivre sans savoir et en profitant de l’instant sera donc mon crédo. C’est le premier pas de mon apprentissage pour le lâcher prise forcé.

Lanternes : Partout dans la ville, des lampions sont accrochés. Aux bateaux, aux ponts, aux magasins, dans les rues. Après le tumulte de HCMC, je flâne dans la vieille ville. C’est un joyau d’architecture bourgeoise et de sérénité. En suivant les lumignons, je me perds dans le dédale de ruelles colorées. Je tombe sous le charme inconditionnel de cette cité reconnue au Patrimoine Mondial de l’Unesco. La nuit, je suis transportée dans un monde féérique lorsque leurs douces lumières se reflètent dans les eaux de la rivière.

Bikers : Dans mon auberge, je rencontre de nombreux touristes explorant le Vietnam à moto du Nord au Sud ou vice versa. Ils me parlent de leurs balades, de leurs parcours, des villages où ils ont pu s’arrêter, des paysages, des vietnamiens croisés. Ils me décrivent le « col des nuages » – Hải Vân Pass – entre Hôi An et Hué, lorsque la forêt tropicale se jette dans l’océan, la baie d’Ha Long terrestre, la route entre Sapa et Dong Van, la boucle d’Ha Giang. Leurs aventures à deux roues me font rêver. J’imagine la liberté, le bonheur de rouler sans contraintes et au fil de mes envies. C’est la première graine. Elle va germer, me donnant ainsi la perspective d’apprécier mon voyage autrement.

Aujourd’hui, c’est certain, c’est sur ma bécane que se poursuivra la suite de mon voyage.

2 commentaires

  • Florian

    Merci Sarah pour tous ces instants de vie qui nous aident à relativiser notre « déconfinement confiné »…
    C’est toujours un plaisir de te lire : ce que tu accomplis est beau, et tu sais nous le transcrire à merveille.
    Prends soin de toi et à bientôt !

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