Malaisie

Malacca

Après une semaine, je quitte Singapour avec pour certitude que j’y retournerai.

A mon arrivée à la gare routière vers 11h, pas de bus pour Malacca avant 17h. Cela fait partie du voyage. Je laisse mon sac. J’en profite pour me balader encore quelques heures.

Une fois dans le bus, après moins d’une heure de route, on s’arrête. Tout le monde se rue vers l’extérieur. Je regarde par les fenêtres. Nombre de personnes courent vers le bâtiment. Que se passe-t-il ? Un tremblement de terre ? Un ouragan ? J’interroge le chauffeur.

Pas de quoi paniquer, nous passons la frontière, côté singapourien.

Cependant, il m’invite promptement à me dépêcher (littéralement : « to move my ass ») pour passer les contrôles. Le bus ne s’arrête que trois quarts d’heure. Si je ne suis pas de retour, il partira sans moi. Je prends mon sac et je suis la foule.

Arrivée à l’entrée du bâtiment, je comprends pourquoi tout le monde se précipitait. Une queue de plus de cinquante mètres m’attend. Les quarante-cinq minutes qui suivent s’étirent. Cela ne sert à rien de jouer des coudes. Finis les passe- droits indonésiens. On est tous dans le même cas. Par chance, tout se passe bien. In extremis, mon passeport est tamponné et je peux monter dans le bus. Quand il repart, je suis dans les starting block pour m’éjecter aux douanes malaisiennes.

Arrivée à mon auberge, c’est un cocon. Tout est agencé pour que chacun se sente chez soi. Il y une cuisine équipée, une bibliothèque, une salle télé, des salles de bains propres avec eau chaude et toilettes séparées. Tout le confort d’une maison pour buller tranquillement.

N’ayant pas pris le temps d’écrire depuis plus de quinze jours, ce cadre est idéal. Je me rends compte qu’il y a un temps pour tout. Celui des aventures, des rencontres, de la vie et celui du récit. Les temps se mêlent et pourtant, chacun est distinct. Une étape après l’autre.

Je m’installe dans la salle commune. Comme j’y reste plusieurs heures, plusieurs jours d’affilée, je suis interpelée par les autres backpackers. Qu’est-ce que je fais ? Je travaille ? J’étudie ? …

La rédaction de mes articles avance tout doucement entre deux discussions. A chaque fois, je découvre de nouvelles histoires : deux suédois étudiant à Hong Kong, des anglais et des allemands de passage, un styliste gai de Kuala Lumpur, Andy. Je discute longtemps avec lui. Être homosexuel dans un pays musulman est une épreuve au quotidien. Il me dit que ses amis sont au courant mais pas sa famille. Il me questionne : « Comment est-ce en Europe ? Est-ce que l’homosexualité est acceptée ? Est-ce possible de vivre librement sans jugement ? ». Je réponds avec prudence en lui disant que ça dépend des endroits et des gens. Alors, nous parlons religion, politique, famille, liberté.

Depuis mon départ, la liberté est au cœur de mes échanges. Est-ce moi qui le provoque ? Est-ce un sujet universel ? Est-ce l’atypisme qui nous fait rechercher par tous les moyens la liberté d’être soi ?

Une fois les articles rédigés, le plus difficile reste à venir, le tri de mes photos. J’en ai fait plus de 700 au lac Toba et près du double à Singapour. Avant de m’y atteler, je pars à la découverte de Malacca.



C’est une ville portuaire datant du XVème siècle. Elle fut conquise par les portugais puis les néerlandais et les britanniques. Son centre historique permet d’apprécier les vestiges de cette époque : un petit quartier dont tous les bâtiments sont peints en rouge, les ruines de l’église Saint-Paul ou encore la réplique du « Flor de la Mar ». 



En m’éloignant un peu, j’arrive dans Chinatown. Au gré des devantures de Jonker Street, la rue la plus touristique de la ville, je tombe sur une pâtisserie. Il est mentionné « spécialités portugaises ». Malacca étant reconnue pour sa cuisine, je m’approche. Il y a des Pasteis de Nata. La forme, la couleur, l’odeur de la tartelette tiède prête à être dégustée me rappelle des voyages passés. Alors, sans hésiter mais curieuse de la traduction employée, je commande. Je me réjouis à l’avance de savourer ce dessert avec un bon café. La serveuse me le tend. Comme une enfant, je ne peux résister une minute. Je croque dans la tartelette. Mes papilles grognent. Un goût d’huile les englue et les noie. Puis, après le gras, je descelle celui de l’œuf battu. Je repense à la traduction. J’aurais dû me méfier. Il était écrit « Egg Tart ». Mon succulent Pasteis de Nata s’est transformé en une mini omelette au beurre dans une tarte huilée.



Je continue vers Little India puis je reviens vers le centre en longeant la rivière et en découvrant le street art.



Tout au long de ma balade, je croise des trishaws. Ce sont des petits pousse-pousse à vélo. Ils ont des décorations extravagantes aux couleurs de Hello Kitty, des Minions ou de la Reine des Neiges. Certains sont des discothèques sur roues. Une sono surpuissante est embarquée. Que l’on soit dedans ou dehors, chacun profite du spectacle.



En rentrant à mon auberge, je m’arme de courage et je commence la sélection des photos. J’ai à peine commencé que deux membres de l’auberge s’approchent pour voir ce que je fais. Ils sont tous les deux sourds et muets. Cela fait quelques jours que nous nous saluons, que nous nous sourions poliment sans rentrer en contact. Par le biais des photos, ils regardent, ils réagissent. J’ai envie de leur dire tant de choses. Ce n’est pas possible. Alors nous partageons dans le silence les photos. Google translate « chinois – anglais » nous aide parfois mais l’essentiel se passe de mots. Juste des jeux de regards, des sourires, des postures. L’envie de parler est extrêmement forte. Je ne connais pas la langue des signes. Alors j’essaie d’être attentive à tout le non verbal. Je fais aussi des mimiques pour essayer de communiquer simplement : « boire, manger, marcher, heureux, super … ». Nous passons la soirée puis le lendemain ensemble. C’est étonnant et frustrant : partager sans un son.

Au moment de mon départ pour Kuala Lumpur. Nous n’avons pas besoin de mots. On se dit au revoir et un hug. Tout est dans le regard.

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