Vietnam

S’installer

S’installer, se poser, s’ancrer, s’établir, s’enraciner, emménager, se sédentariser… Aucun de ses verbes, ni aucun des synonymes variés de la langue française ne m’était venu en tête lorsque j’ai initié mon voyage en Asie en octobre 2019.

Cependant, personne n’aurait pu prévoir ce qu’il s’est passé depuis mon départ. Aussi après une pandémie toujours en cours, deux confinements, quelques typhons et une évacuation, je dois me rendre à l’évidence. Il est temps pour moi de trouver un lieu confortable pour quelque temps !

J’apprécie chacun des instants dans mon petit bout du monde de Tam Thanh. Mais la ville me manque. Après un an dans de petites villes et villages, je ne veux pas retourner dans une très grande agglomération. Je souhaite aussi ne pas m’éloigner de Tam Thanh. Mon compromis idéal me semble être la ville de Da Nang. Elle est située à 80 kilomètres. C’est une grande ville au bord de la mer. J’y suis passée à plusieurs reprises par le passé. À l’époque, je n’envisageais pas d’y séjourner longtemps. Mais « Molave » et le manque de sociabilisation changent mes perspectives.

Aussi, le 7 novembre 2020, je fais mon paquetage. Je dis au revoir. Je prends la route direction Da Nang. Une fois sur place, je me mets en quête d’un appartement. A chaque fois la même histoire :

  • « Combien de temps comptez-vous rester ? Nous faisons des baux de six mois ou un an ?
  • Six mois ? J’envisage 4 semaines, six au maximum…
  • Pas de problème, vous signez pour six mois. Vous pourrez résilier votre contrat avec un préavis d’un mois.
  • Oui, mais je ne sais pas si je vais rester plus d’un mois. Je romps le bail en même temps que je l’approuve ?
  • … »

Un discours de sourds !

J’essaie d’oublier ce détail fâcheux pour me concentrer sur les appartements, l’atmosphère de chaque quartier… En ayant déménagé une dizaine de fois en quinze ans, mes vieux réflexes sont de retour. J’analyse rapidement si je peux me projeter dans ce lieu, s’il est confortable, pratique, lumineux… Bref, il ne doit pas ressembler à une « coquette studette ». Après avoir visité pas loin de sept appartements, j’en choisis un : une chambre, une cuisine américaine, un balcon, de l’eau chaude, une vue sur le fleuve Hàn, dans un quartier vietnamien non loin de la mer.

Ce qui fait la vraie différence, c’est Loan, la fille de la propriétaire. Contrairement aux autres, elle ne cherche pas à me survendre le lieu. Elle souhaite me connaître, découvrir mes goûts afin de m’indiquer ce qui pourra me séduire en matière de restaurants, de bars, de marchés, de salles de sport… Sa gentillesse se lie sur son visage. Je me sens accueillie.

Une fois « chez moi », pour la première fois depuis treize mois, je défais complètement mes sacs. Je profite d’avoir une machine à laver pour nettoyer correctement mes affaires. Je lave, je range, j’ordonne. Bref, j’emménage ! C’est un sentiment très étrange celui de poser mes valises. À la fois heureux et douloureux. C’est la fin d’une aventure !

La première semaine, je suis saoule de la ville, euphorique de pouvoir assister à des concerts, d’échanger aisément en anglais. Je me rends compte à quel point j’avais besoin de la vie citadine : ses facilités, son confort, son électricité.

Puis, les jours passent au rythme de la pluie. J’ai l’impression que tous les jours, c’est le jour de la marmotte. Arrive déjà fin novembre, je vais rester jusqu’en janvier. Après, je verrai.

Il me faut du temps pour accepter l’idée que je vais habiter Da Nang plus longtemps que quelques semaines. Même si depuis le mois de mars, tous mes plans ont volé en éclats, jamais je ne m’étais dit : je reste !

C’est douloureux et ironique… Vouloir faire un tour du monde. Être stoppée dans son élan. Cette panne n’est évidemment pas de mon propre fait. Ce n’est pas comme si j’avais oublié de faire le plein. Coincée en rase campagne à 50 km ? 100 km ? 500 km ? du premier village. C’est mon sentiment. J’ai calé ! Je n’arrive plus à démarrer. Un problème de batterie ? Un problème de démarreur ?

Je sais que je suis autorisée à voyager au Viêtnam. Je peux également rentrer en France ou en Europe. Il m’est également possible d’aller en Amérique Latine. Mais est-ce bien raisonnable ?

Rester au Viêtnam semble la meilleure des options. C’est un pays splendide, riche d’une culture séculaire et particulièrement safe… Alors, pourquoi aller ailleurs ?

Voyager pour voyager n’a jamais été mon objectif. Continuer, car je l’avais dit, me semble également stupide. Mais me poser, m’arrêter me challenge. Que vais-je faire ? Pourquoi ?…

Le temps fait son œuvre. J’en profite pour réfléchir à demain, à ce qui m’anime. Ne dit-on pas qu’un temps de pause est bénéfique à tout voyage pour remettre les compteurs à zéro ? Alors, quoi de mieux qu’un environnement chaleureux, bienveillant et paisible pour le faire ?

En janvier, je décide de rester à Da Nang à minima jusqu’au printemps. J’en profite pour faire ce que je n’ai jamais fait : prendre le temps de vivre et de tisser de nouveaux liens durables. J’ai aussi le temps d’explorer d’autres aspects de la vie, de la culture et des traditions locales. Je commence à avoir mes rites et mes rythmes. À force de sillonner la ville, je découvre avec bonheur cafés et restaurants. J’observe la vie des Vietnamiens s’écouler. Je suis impressionnée par leur courage, leur détermination et en même temps leur sérénité à accueillir tout évènement prévu ou non. J’expérimente cela, un jour après l’autre… Toujours se réjouir des petites choses. Au final, tout ira bien !

Quel que soit le temps que je reste à Da Nang, j’accueille maintenant ma sédentarisation temporaire de manière positive. Un jour, riche des enseignements que la vie m’aura appris, je poursuivrai mon voyage vers de nouvelles contrées.

En attendant, cette halte forcée ne m’apprend-elle pas à respirer ?

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