Vietnam

Têt Nguyên Dán

Il y a de l’électricité dans l’air. Nous sommes mi-janvier. Que se passe-t-il ? Est-ce le retour fébrile du beau temps après des mois de pluie ? Est-ce une sortie d’hibernation ? Est-ce moi ? Je ne sais pas le dire. De plus, c’est une impression. Rien de bien précis sauf que je vois ici et là davantage de fleurs dans les jardineries. J’observe aussi que certaines constructions emploient plus de monde pour avancer sur les chantiers. Des hommes repeignent les bandes rouges et blanches aux intersections ou colorent en blanc la base des troncs d’arbres.

Les premiers signes d’un évènement imminent me donnent la réponse. Nous sommes à trois semaines du Têt Nguyên Dán, le Nouvel An vietnamien. Fondée comme toutes les fêtes traditionnelles sur le calendrier luni-solaire, Têt est la plus importante au Viêtnam. Il s’agit de célébrer le premier jour de l’année, le retour du printemps, le renouveau. Cette année, le Têt tombe le 12 février 2021. Nous allons entrer dans l’année du buffle.

Il y a de nombreux rites qui entourent le Têt. L’une des premières traditions consiste à nettoyer, réparer, décorer la maison. Je comprends ainsi ma perception d’abeilles butineuses. En parcourant la ville, je regarde les changements. De nombreux vendeurs ont installé des pots de fleurs jaunes ou rouges et des arbustes à chaque coin de rue. Mes pas me mènent jusqu’à une très grande place qui ressemblent à un marché aux fleurs. J’y découvre toutes les fleurs traditionnelles de la période :

  • La fleur d’abricotier ou la fleur d’ochna : jaune à 5 pétales, elle représente la richesse, la noblesse apportant chance et prospérité. Elle est également une preuve de joie, de bonheur, d’amour, de solidarité et d’attachement à tous. Ses racines étant profondes, l’arbre de la fleur d’Ochna résiste à toutes les conditions météorologiques. Ainsi, pour les Vietnamiens, il prône les vertus de la patience et de la persévérance. Cet arbre est l’un des principaux emblèmes du Têt pour le centre et le Sud du Viêtnam. Au contraire, dans le Nord, les Vietnamiens se réfèrent à la fleur de pêcher, signe d’élégance, de fidélité, d’innovation, de fort développement et de vitalité.
  • L’arbre à kumquats : emblème de chance et de bénédictions, il est souvent choisi pour la décoration intérieure. Par ailleurs, lorsque les branches du kumquat sont lourdes de fruits, cela représente une nouvelle année pleine et prospère.
  • Le chrysanthème : il porte le symbole de la vie, augmentant le bonheur, la prospérité et la joie à la maison.
  • L’orchidée : elle est considérée comme un symbole de la beauté rare, de la richesse et de la douceur. Les Vietnamiens pensent également que les orchidées sont un remède contre diverses affections et préviennent les maladies.

Pour les Vietnamiens, la signification de chacune des fleurs et de ce qu’elles véhiculent est fondamentale. Ainsi, rien d’étonnant à ce que chaque famille dispose fleurs et arbre à fleurs dans sa maison au moment du Têt.

Lors de mes pérégrinations, j’observe que deux pots de chrysanthèmes jaunes sont placés de chaque côté de la porte d’entrée de chaque maison, immeuble ou magasin. A priori, les installer, par paire, dans un endroit bien éclairé de la maison permet que la chance soit plus forte et plus vibrante. De même, un arbre à kumquats est positionné à l’entrée, au cœur de la maison. Cet arbre est disposé comme nos sapins. Bien en vue de tous. D’ailleurs, les fruits, ces petites sphères orangées, me font immédiatement penser à nos boules de Noël. Quand je regarde les Vietnamiens les choisir, de nombreuses similitudes me frappent. Ils analysent leur taille, leurs feuilles, leurs fruits et leur couleur. Rien n’est laissé au hasard afin que l’arbre à kumquats soit source de belles promesses pour la nouvelle année. A noter que si l’arbre sélectionné est composé à la fois de fruits mûrs, verts et de jeunes têtes, cela apportera le succès et la chance à toute la famille.

Au-delà, de toutes les couleurs éclatantes des plantes et arbres ornant chaque lieu, l’autel des ancêtres installé dans chaque maison est somptueusement mis en valeur. Des offrandes sont soigneusement préparées en signe de gratitude envers les génies de la Terre et du foyer et les ancêtres. Il y a également des lanternes rouges accrochées au porche des maisons, des magasins ou des temples. Puis, partout en ville, des spots à selfies sont aménagés. On y retrouve évidemment des fleurs jaunes et rouges, des buffles et des lumières. Les temples et les églises se mettent aussi au diapason. Des bannières décorées sont dressées dans chaque entrée de quartier ou d’établissement scolaire et administratif avec les inscriptions : « chúc mừng năm mới », bonne année.

La nuit, Da Nang brille de mille feux. C’est la ville qui gère les décorations des artères principales. En revanche, ce sont les membres d’une communauté, d’une rue, qui se cotisent et qui installent les illuminations pour leur section d’allée ou de ruelle. Ma rue est éclairée ! La fille de ma propriétaire, Loan, m’explique que c’est une tradition. Elle me raconte aussi que les familles se retrouvent en amont du Têt pour partager un repas. Sont préparés pour l’occasion les mets traditionnels notamment les fameux « Bánh chưng » et « Bánh giày». Les prochains jours, repas festifs et karaokés vont s’entendre dans tout le quartier.

Nous sommes à moins de quinze jours du Têt et les préparatifs vont bon train. Mais l’ombre du Covid plane. Le 28 janvier, après plus de trois mois sans nouveau cas, 82 sont détectés dans des provinces du Nord. Les jours qui suivent, le chiffre grimpe. L’inquiétude se perçoit. A Têt, les vietnamiens voyagent généralement beaucoup. Ils rejoignent leurs familles pour les fêtes. Cependant, nombre de mes connaissances réfléchissent à annuler leur voyage. Le spectre « coronavirus » est là entraînant le confinement des provinces touchées. Ce sujet, oublié depuis septembre, revient sur toutes les lèvres. Pour beaucoup, Têt sera triste cette année.

Grâce à une gestion, quasi militaire, de la pandémie, cette nouvelle vague est jugulée, pour l’instant, dans le Nord et dans les environs de Saigon. Aussi, à Da Nang, tout le monde espère que les festivités pourront avoir lieu. Cependant, à trois jours du réveillon du Nouvel An, le gouvernement décide d’annuler tous les évènements. Cette année, il n’y aura pas de feux d’artifices, ni de danse de la licorne. Il incite tous les Vietnamiens à faire le Nouvel An devant leur écran de télévision, chez eux.

Cela dit, rénovations et décorations se poursuivent. La veille, je parcours la ville. J’observe les Vietnamiens réalisant leurs derniers achats : fleurs, lanternes, fruits, légumes, viandes, paniers garnis de douceurs et enveloppes rouges qu’ils offriront… Des familles très apprêtées se prennent en selfie. Les femmes portent des couleurs vives, notamment du rouge, symbole de la chance et du jaune, de longévité et de paix.

Le soir du réveillon, je vais me balader. Peu de lieux sont ouverts. Peu de gens sont dans les rues. Je me rends sur l’esplanade à côté du dragon bridge. Des familles entières flânent et prennent la pose devant fleurs et buffles. La pagode avoisinante, Long An Temple, se prépare à accueillir ses fidèles à partir de minuit. Puis un peu plus loin, à l’écart, je découvre sur une passerelle, de petits groupes de jeunes qui rigolent, trinquent et jouent de la musique. Ce sont les seuls regroupements que j’observe ce soir-là. A minuit, pas de feux d’artifice mais « Happy New Year » du Groupe ABBA résonne dans toutes les rues.

Le lendemain, il est de tradition d’aller au temple prier. Le « Long An Temple » m’avait séduite la veille. J’y retourne. Il se dégage de ce lieu une sérénité incroyable. Je m’inspire des actions des Vietnamiens. Comme eux, je prends trois bâtons d’encens. A défaut de prier, je médite. Je souhaite le meilleur à tous ceux qui m’entourent et rends grâces pour ma chance. Puis, je vois qu’il faut tirer au sort un bout de papier. J’ouvre la mini enveloppe et trouve un numéro. A celui-ci est associé un texte. En recherchant le mien, une Vietnamienne me demande le chiffre inscrit et si je parle vietnamien. Elle saisit donc mon texte et me dit : « J’ai eu la même chose. Ce n’est pas terrible. Mais si tu pries encore, retire un autre papier et tu verras tout iras bien ». Je m’exécute. Cette fois-ci, elle n’est pas là pour me faire la traduction. Je garde mes deux textes.

Je rentre chez moi pour préparer mon sac. Je vais passer les premiers jours de cette nouvelle année avec Nguyen et sa famille à Tam Thanh. Au moment de partir, je croise Loan. Elle est superbe, vêtue d’une tenue neuve et colorée pour accueillir positivement l’année à venir. Nous nous souhaitons de bons vœux. Je lui raconte mon aventure au temple et lui confie mes textes. Elle me répond : « Actually as far as I understand from these two advises are all good. It is advised you:

  • To keep harmony in relationships (try to avoid to argue or disagreements in life)
  • Balance the life and enjoy present moments and treasure for what you have now (not to be too ambitious in life and career)
  • Try to give more, believe more and you will receive happiness, peace in life!
  • Always keep yourself be positive and have good energy ».

Elle ajoute : « My advice for you :

  • Don’t worry – Be happy!
  • Life has already arranged everything for you as its way ».

Puis, nous échangeons sur les traditions à Têt. Nous évoquons l’importance de la première personne entrant dans le foyer. Elle apporte chance et prospérité. Cette responsabilité est généralement portée par le chef de famille. Nous parlons des petites enveloppes rouges, les « lì xì », synonyme de chance et de prospérité. On y glisse généralement des vœux et un peu d’argent, « lucky money », avant de l’offrir aux enfants. Puis, elle attire mon attention sur un point. Pendant les premiers jours, toute forme de grossièreté, de conflit est interdite. Chacun de nos actes doit incarner l’harmonie et l’amour que l’on porte aux siens. Ces actions seront le reflet des douze mois à venir.

Enfin, elle me sourit. Si le second jour est réservé aux amis et le troisième à l’enseignement, le premier jour du Têt est dédié à la famille. Il est d’usage d’aller au temple puis de se rendre dans sa famille. Sans préméditation aucune, je fais ce que font les Vietnamiens. J’ai l’impression que mon respect de sa culture et des coutumes sont de bons présages tant pour elle que pour moi.

Alors, ma nouvelle année commence maintenant !

Je vous souhaite Joie, Santé et Chance !!

2 commentaires

  • Marty

    Merci de ces nouvelles Sarah. Belle année à toi. En France le printemps fait son apparition avec des températures très clémentes. Le covid est encore bien présent et dans tous les esprits même si les chiffres semblent baisser nous sommes très prudents. Le couvre feu à partir de 18h nous épargne pour l instant d’un 3ème confinement. Ouf. A très bientôt pour des nouvelles fraîches. Régine

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