Les portraits de Baloo,  Vietnam

Huynh, Trâm, Tham, Linh et tant d’autres…

Alors que tous préparaient l’été et que le gouvernement envisageait potentiellement d’ouvrir partiellement ses frontières au tourisme, la quatrième vague de covid frappe le Vietnam violemment le 29 avril 2021. C’est le plus rude de tous les épisodes que nous avons connus jusqu’à présent. Voici quelques récits de Vietnamiens rencontrés ces derniers jours.

Huynh

Huynh, est un coach sportif de 23 ans au corps bodybuildé, mais pas encore assez à son goût. Dans son regard, on perçoit la dureté des épreuves qu’il a dû affronter. En même temps, il garde une naïveté étonnante quant à savoir ce que c’est de réussir sa vie et être amoureux. Tel un enfant, il souhaite tout maîtriser pour bien faire et suivre le bon chemin.

Cependant, il n’a pas attendu qu’on le guide pour avancer. Il a été ouvrier agricole, livreur, barman… Il n’a pas pu faire d’études et le regrette. Il a été élevé par sa mère, seule. Elle n’avait pas les moyens. Aussi, pour lui, n’importe quel travail lui permettant de subvenir à leurs besoins lui convient.

Il y a moins d’un an, après la seconde vague de covid sur Da Nang et Hoi An, il décide de devenir coach sportif. Le marché de l’emploi est vraiment difficile dans le tourisme. Avant cela rapportait bien. Maintenant, tant de Vietnamiens ont perdu leur poste et n’en trouvent pas. Alors, il quitte son village et vient à la ville. Il travaille comme entraîneur douze heures par jour, six jours sur sept. Il est épuisé. Quand il flanche, il va prier au temple à côté du centre. Cela lui permet de garder le cap et de se ressourcer. Il continue tant bien que mal jusqu’à la quatrième vague. Les salles de sport ferment.

Plus de revenu, il ne peut rester à Da Nang. Il retourne dans son hameau près de Hoi An et aux champs agricoles. Le travail ne lui fait pas peur, il en trouvera toujours. Le manque d’argent ne l’effraie pas non plus. Il a souvent fait avec très peu. Mais, il s’inquiète. Le taux de suicide augmente au Vietnam en raison du chômage grandissant. Certains kidnappent des chiens pour les revendre et gagner quelques sous. Dans ce contexte comment va-t-il pouvoir créer un business, se marier afin que sa mère soit fière de lui ? Alors, il retourne au temple. Il s’apaise. Il sait que tout ira bien et continue en parallèle son apprentissage de l’anglais, ça pourra toujours servir.

Trâm et Tham

Trâm et Tham sont deux anciennes guides à Hoi An. Toutes deux étaient employées jusqu’aux premières vagues de covid par une société tenue par un Français, Pascal, amoureux du Vietnam depuis plus de vingt ans. Il proposait des tours à vélo en dehors des sentiers battus dans toute la province de Quang Nam et ses alentours. C’est d’ailleurs la personnalité de Pascal et son souhait de gérer ses collaborateurs comme des membres de sa famille qui les ont incitées à travailler avec lui. Et pourtant, rien n’était écrit.

Trâm a 27 ans. Elle aurait rêvé d’être journaliste. Mais pour cela, il fallait étudier à Hô Chi Minh City. Ses parents n’autorisaient pas qu’elle parte si loin. Un jour, on lui a parlé de Pascal et c’est ainsi que l’aventure a commencé.

Elle s’exprime dans un anglais impeccable. Elle est pétillante, pleine de vie et confiante. Depuis le covid, elle cherche du travail, mais il y a peu d’offres. Partir pourrait être une option. Sa famille n’y est toujours pas favorable. Elle sait qu’il va falloir tenir encore une ou deux années. Elle souhaite un poste qui lui permettrait d’attendre la reprise de l’activité de guide, mais elle n’est pas prête à tout. Parallèlement, pour certaines sociétés, elle est déjà trop vieille. Ils visent aussi des salariés qui peuvent s’engager sur le très long terme et non de manière transitoire. Or, son objectif est de pouvoir retrouver toute l’équipe de Pascal dès que ce sera possible. Alors pour temporiser, ce dernier propose de faire une balade à vélo comme au bon vieux temps pour lui dire qu’il est et sera là.

Pour l’instant, il y a le potager de sa famille qui procure les légumes dont ils ont besoin et chacun fait attention aux dépenses

Tham à 35 ans. Elle est mère de deux enfants, trois si l’on considère qu’elle est une seconde maman pour Trâm. Elle aussi est arrivée dans la société de Pascal un peu par hasard. Avant elle travaillait dans l’informatique.

Beaucoup plus introvertie et plus hésitante, elle se dévoile peu. La situation n’est pas aisée, mais elle ne montre pas ses inquiétudes ou ses tourments. Comme toute mère, sa préoccupation principale, ce sont ses enfants. Ils comprennent que les temps sont difficiles. Pour tous leurs copains de l’école, c’est pareil. Elle me raconte qu’elle a obtenu des aides de l’état, mais que chaque mois (et les indemnités étaient limitées à trois mensualités), c’était un parcours du combattant pour remplir toutes les démarches administratives.

Pour son mari qui est ouvrier dans le bâtiment, c’est un peu la loterie. Quand il commence un chantier, il ne sait jamais pour combien de jours il sera effectivement employé. Cela dépend des investisseurs et des fonds dont ils disposent : suffisamment pour une semaine de travail, plus ou rien du tout. Alors, Tham cherche. Il y a beaucoup d’offres de commerce en ligne en ce moment. Mais elle n’y croit pas.

Quant au vaccin, elle ne veut pas en entendre parler pour l’instant. Elle est en bonne santé. Il y a beaucoup de polémiques et pas assez de recul. Si elle a le choix, elle ne le fera pas. En revanche, si le gouvernement l’impose, ce sera une autre histoire.

En attendant, il y a sa famille. Ils se soutiennent, se viennent en aide. Demain sera meilleur.

Linh

Un uniforme irréprochable, un anglais bien maîtrisé, une douceur dans le regard et un sourire à faire chavirer. Linh a occupé tous les postes dans d’un hôtel quatre étoiles à Hoi An. Elle a gravi méthodiquement les échelons. Actuellement, elle est serveuse un jour par semaine. C’est peu, mais elle est reconnaissante au General Manager et aux investisseurs de l’établissement de ne pas l’avoir fermé comme tant d’autres. Ainsi, ils ont pu garder tout leur personnel par roulement.

Elle comptait tellement sur l’ouverture potentielle des frontières. Elle espérait le retour d’une période plus faste. Mais, cette quatrième vague associée aux départs massifs des étrangers pour cause de visas non renouvelés est, pour elle, une claque de plus. Elle cherche un second emploi, mais sans succès pour l’instant. Elle sait qu’elle va devoir travailler aux champs.

Le plus difficile, c’est pour ses deux bambins de six et onze ans. Si la grande comprend, pour le petit, il n’arrive pas à assimiler pourquoi il y a moins de viande sur la table ou moins de sucreries ou de jouets. Linh, cela lui rappelle son enfance à la ferme, les corvées, le manque. « J’ai l’habitude », dit-elle. « Je sais gérer ». « Mais j’avais tellement souhaité mieux et autrement pour mes enfants. »

Cependant, il y a la famille. Avant c’est elle qui venait en aide. Aujourd’hui, elle accepte un billet de son frère pour faire les courses. Elle est aussi retournée chez ses parents, car leur maison est plus grande et peut tous les accueillir.

On pourrait la croire désemparée, mais pas du tout. Elle sait que les choses vont évoluer vers le meilleur. « Quand j’étais petite, j’avais peu et on a réussi. Il suffit de recommencer. »

Et tant d’autres…

Il y a Thu et son mari, ils travaillaient tous les deux dans la restauration. Son conjoint était chef et elle responsable de salle. Depuis le covid, Thu a dû accepter le labeur des champs de riz, de canne à sucre, de piments. Elle endure sans sourciller pour subvenir aux besoins de leurs trois enfants. Son époux passe des entretiens de plus en plus loin, tous secteurs confondus pour trouver un emploi. Il vient d’être retenu pour vendre des assurances à Tam Ky, à 45 km de Hoi An. Il est conscient qu’il ne pourra pas rentrer tous les soirs, mais uniquement le samedi après sa journée de travail pour repartir le lundi matin à l’aube. Il n’a pas le choix. Cela dit, Thu, sourire chevillé au corps ne perd rien de son optimisme : « Ça prendra, un an, deux voire cinq, mais je sais que cela s’améliorera et qu’on s’en sortira. »

Loan, elle, a quitté son poste de Personal Assistant d’un General Manager d’hôtel de grand standing avant le covid. Ne voulant pas accepter n’importe quel emploi sur le long terme, elle est gouvernante pour les appartements de ses parents. Parallèlement, elle apprend le chinois et le japonais. « Ça peut toujours servir à l’avenir et en attendant ça m’occupe ». Elle a mis près de dix-huit mois à trouver un CDI qui lui convienne. C’était juste avant la quatrième vague. Et maintenant ? Pour l’instant, elle continue de travailler pour son nouveau patron. « Un jour après l’autre. Demain, on verra ».

Il y a tant de récits, de situations, qui pourraient être racontés. Certains pourraient se plaindre, pleurer, s’abattre, mais ce n’est pas dans le caractère des Vietnamiens. La seule chose que je retiens avec beaucoup d’humilité, c’est la force de leur espérance, leur combativité et leur simplicité.

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