Les billets de Baloo,  Vietnam

… Pour acheter une moto.

A peine de retour à Tam Thanh fin juillet, la liberté offerte par mon destrier me manque. J’ai dû laisser à Hanoi, à la fin de mon périple dans le Nord, ma fidèle monture qui m’avait accompagnée sur près de 6 000 kilomètres depuis mars 2020. C’était une location. Elle devait d’ailleurs ne durer qu’un mois. Au lieu de cela, je l’ai gardée cinq.

J0 : le 1er août, je réfléchis alors rapidement aux différentes options : acheter une moto ou en louer une nouvelle. Comme débute une nouvelle période de confinement, j’ai la certitude que je vais rester au Viêtnam encore pendant plusieurs mois. Je décide donc de faire le premier acte qui symbolise que mon voyage prend un tournant plus sédentaire : l’acquisition d’un deux-roues.

Se posent alors de nombreuses questions :

  • Neuve ou occasion ?
  • Scooter, semi-automatique ou manuelle ?
  • Quelle marque : Honda, Yamaha, Suzuki, Piaggio, Kawasaki…
  • Quelle cylindrée : 110cc, 125cc, 150cc…
  • Puis-je me la procurer à Tam Ky ?
  • Puis-je l’acheter en mon nom propre sachant que je n’ai ni carte de résidente ni compte bancaire au Viêtnam.

Nombre de backpackers et d’expats font l’acquisition d’une moto pour sillonner le pays ou simplement se déplacer. Ils expliquent sur des forums que ce processus est assez rapide et évident. Le seul point sur lequel il faut être attentif, en dehors de la mécanique, c’est l’obtention de la blue card originale, équivalent de notre carte grise. Ainsi, naïvement, je me dis que sous dix jours, je peux posséder un nouveau petit bolide.

Le début de mon processus d’achat est assez clair. Je souhaite une moto manuelle. La différence est simple. C’est la même perception qu’entre une boite manuelle et une automatique sur une voiture. Le plaisir de la conduite n’est pas le même. Le sentiment de maîtrise et la sensation de pilotage sont renforcés. Ensuite, une 110cc n’est pas assez puissante pour les routes de montagnes. Une 150cc n’est pas vraiment tolérée sans permis de conduire vietnamien. Comme je souhaite l’obtenir rapidement, je me limite aux concessionnaires ou aux particuliers basés à Tam Ky et ses alentours.

Après le tour de tous les distributeurs petits et grands et les garages, je me rends compte que trouver une véritable moto au Viêtnam n’est pas chose aisée. Oui, je suis bien dans le pays du deux-roues, mais celui du scooter ou des motos semi-automatiques. Par voie de conséquence, mon choix se restreint à l’occasion. Je surfe tous les jours sur « cho’ tôt », l’équivalent du bon coin, afin de dénicher ma nouvelle monture. Inévitablement, l’application est uniquement en vietnamien. Je suis comme une poule qui découvre un couteau. Grâce aux images et une recherche complémentaire sur Google pour chaque modèle, je fais le tri. Mais une fois, la sélection faite, il faut bien contacter le vendeur. Aucun ne parle l’anglais ! Alors, Nguyen est mon intermédiaire. Il m’éclaire sur les modèles « fiables » et ceux qui, selon lui, ne le sont pas. Cependant, je m’aperçois assez rapidement que ses critères ne sont pas forcément les miens. Le processus de recherche et de communication se révèle donc lent… très lent. Voyant mon impatience grandir après plus de trois semaines de prospections infructueuses, il accepte de contacter un particulier.

Et dire que je pensais que ce serait simple et rapide. Après quelques échanges, le rendez-vous est pris. Je la teste. Elle roule. Pas de bruit bizarre. Mes connaissances techniques et mécaniques se limitant à la couleur de ma cylindrée, je demande à la faire vérifier chez un garagiste. Le contrôle indique qu’elle est en bon état de marche. Cela dit, la perception concernant l’état d’usure de certaines pièces diffère que l’on soit Européen ou Vietnamien. Des pneus pratiquement lisses, une chaîne légèrement lâche ne nécessitent pas un échange rapide. Un compteur n’affichant pas la bonne vitesse ou le bon kilométrage n’est pas un véritable problème. N’étant pas spécialiste des motos manuelles, pour le garagiste, le principal, c’est qu’elle roule et qu’elle freine. Bref, sa conception technique me fait passer pour une experte.

Cela fait un mois que je cherche. Je n’ai pas vraiment d’alternative. Je n’en peux plus d’être sans moyen de transport. Je décide de l’acheter.

Le vent a tourné. Je me dis que le plus long est derrière moi. Il ne reste plus qu’à payer et le tour est joué.

Que je suis naïve !!

Pourquoi la plupart des étrangers disent-ils qu’acheter une moto est simple comme « Bonjour » ? Pour deux bonnes raisons : ils acquirent un scooter ou une semi-automatique et ils ne font pas les démarches administratives. Or, j’ai décidé d’acheter une moto manuelle et de faire les choses « proprement ».

Je me frotte donc à l’administration vietnamienne. Ma première difficulté, c’est que je ne peux pas être la propriétaire en titre. Si je voulais l’être, il faudrait que je sois résidente vietnamienne ou bien mariée avec un Vietnamien. Il me faut donc un prête-nom. Cependant, il ne faut pas simplement une personne locale. Il faut également qu’elle soit enregistrée à Tam Ky. Nguyen ne peut le faire pour moi, mais une de ses amies accepte.

J+30 : Nous sommes le 1er septembre 2020. Nguyen à mes côtés, quelques millions de dong dans mon portefeuille et tous les papiers nécéssaires en poche, je peux enfin être l’heureuse détentrice d’une superbe Yahama 125cc noire. J’ai mis un mois à l’acquérir, mais c’est fait ! Il ne me reste plus qu’à faire la blue card.

J+31 : Confiante, nous nous rendons le lendemain au poste de police du district de l’ancien propriétaire de la moto pour faire enregistrer la vente. Malheureusement, nous sommes mardi et ils ne prennent les enregistrements que le jeudi. Pas grave, nous reviendrons jeudi !

J+33 : Nous y retournons donc deux jours plus tard, comme convenu. Cette fois-ci, ils acceptent de regarder les papiers. Mais malheureusement, le formulaire complété par le propriétaire n’est pas le bon. Il faut le refaire et repasser… Evidemment jeudi prochain !

Manque de chance, les deux jeudis suivants, nous affrontons une tempête tropicale et un typhon. Pas possible de mettre le nez dehors.

J+54 : Le jeudi 25 septembre, nous sommes de nouveau devant l’officier. Le formulaire est le bon, mais nous n’avons pas fait les photocopies en 4 exemplaires des documents. Ils ont une photocopieuse dans le bureau voisin, mais nous devons quitter le poste pour les faire à l’extérieur. Heureusement, une imprimerie est ouverte juste en face. Nous pouvons enfin déposer notre dossier. L’agent nous répond que nous devrions avoir la validation de la vente d’ici le lundi suivant.

J+57 : Le lundi, nous y allons pour récupérer le dossier. Il n’est pas traité. « Merci de revenir plus tard. Jeudi par hasard ? Non, appeler avant de venir. »

Nguyen appelle en fin de semaine, la personne habilitée à signer n’est pas présente, le dossier ne sera pas certifié avant la semaine prochaine.

J+64 : Le 5 octobre, nous recevons enfin l’appel confirmant que nous pouvons venir prendre nos papiers. La première étape est franchie. Maintenant, il faut enregistrer la moto au bureau de police de Tam Ky.

Nous y allons le lendemain. Il refuse mon dossier car l’officier du poste de police de l’ancien propriétaire s’est trompé en traitant le dossier. Sur le certificat de vente, il a mentionné le même nom pour le vendeur et pour l’acquéreur. Il faut retourner là-bas. Malheureusement, nous sommes vendredi… Il faut attendre jeudi.

J+67 : Le jeudi suivant, nous avons tous les papiers. Ils ont eu la bonne idée de faire la modification du document dans l’heure. Dans ce cas, le stylo correcteur, c’est autorisé.

Nous retournons à la police de Tam Ky. Elle refuse de nouveau mon dossier. Qu’est-ce qui bloque cette fois-ci ? Je n’ai pas payé les taxes. Allons payer les taxes….

Nous revenons pour la Nième fois tenter notre chance. Encore refoulé. Cette fois, il faut faire un contrôle technique et l’enregistrement du châssis.

Same player shoot again ? Nous y retournons le lendemain. A force j’ai la comptine « Lundi matin l’empereur sa femme et le petit prince » qui tourne en boucle dans ma tête. Cependant, cette fois, c’est la bonne. Tout est en règle. D’ici dix jours, j’aurais ma blue card.

J+81 : Le 22 octobre, je n’y crois pas. Je l’ai entre les mains. 1 mois et demi pour une carte grise…

Parallèlement, je confie ma moto pour une révision complète. En quelques jours, elle est prête. Il ne reste plus qu’à commander les pièces à changer : les pneus, la chaîne et le compteur. Le garagiste me dit qu’il se charge des pneumatiques et me demande de m’occuper du reste. Quelques jours plus tard, il m’appelle pour m’informer qu’ils sont arrivés. Lorsqu’il commence à vouloir les installer, il se rend compte qu’il n’a pas pris les bons. Evidemment, ça se voit à l’œil nu. La taille est le double de ceux d’origine. Comment voulez-vous monter des pneus de tracteur sur une bécane !

Il faut donc que je me charge de trouver toutes les pièces par moi-même. Je navigue sur les sites asiatiques. Merci Google et sa traduction automatique. Puis Nguyen me vient une fois de plus en aide et prend les choses en main. Il contacte différents vendeurs et propriétaires de motos identiques à la mienne. Au bout de quinze jours, il a les références qu’il me faut. Il ne reste plus qu’à les commander. Sachant que les pièces viennent de Thaïlande et en raison du Covid, l’acheminement va prendre deux à trois semaines…. Que m’étais-je dit ? En dix jours, c’est bouclé ? C’est beau de rêver !! Mais je n’ai pas le choix, alors j’attends que les pièces arrivent.

J+85 : Je les reçois au bout d’un mois. Nous sommes fin octobre. Le garagiste réussit non sans peine à tout installer. Alléluia !!!

Heureusement que j’ai décidé de le faire maintenant et que je n’avais pas d’urgence. Deux mois, pour changer trois pièces, c’est un record inégalé pour moi.

En bref, il en faut peu pour acheter une moto au Viêtnam… Il faut juste beaucoup de patience et de ténacité lorsque l’on souhaite une moto manuelle d’occasion et faire toutes les démarches administratives.

Comme on le dit souvent : « tout vient à point à qui sait attendre. ». La preuve : aujourd’hui, mon destrier noir m’accompagne partout. Nous sommes prêts pour explorer routes et chemins du pays du dragon.

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