Les billets de Baloo,  Vietnam

Suivre ses rêves

Il y a près de deux ans jour pour jour, je m’envolais pour l’Indonésie. Je me souviens de l’état d’excitation mêlé de doutes les jours précédant mon départ. Fébrile, à l’aéroport Charles de Gaulle de Paris, j’essaie de me remémorer ce qui m’amène à être là, ce 8 octobre 2019, à tendre mon passeport pour un voyage sans réelle date de fin.

Petite, j’aimais déjà découvrir, explorer, sortir des sentiers battus. Ainsi, depuis toujours, que ce soit en France ou quelque part sur notre belle planète bleue, les verbes « rencontrer », « partager », « sillonner » ont une résonnance profonde et particulière en moi. Il n’y a donc rien d’étonnant si je n’ai jamais été capable de poser mes valises définitivement. Je ne peux me limiter à un « J’y suis, j’y reste ». Je crois sincèrement qu’aller au contact de nouvelles cultures, traditions et contrées fait partie de mon ADN.

Je me rappelle parfaitement le moment où l’idée d’un périple au long cours a germé dans mon esprit. À l’époque, je travaillais chez Gaz de France. J’étais notamment responsable des aspects de mobilité internationale. Était-ce un hasard ? Probablement pas !

Un jour, je reçois un jeune homme pour un poste en expatriation en Turquie. Au fil de l’entretien, il évoque son année sabbatique qui vient de s’achever. L’espace d’un instant, je ne suis plus la chargée de Ressources Humaines devant examiner sa candidature. Je suis une globe-trotter. Je bois littéralement ces paroles. J’imagine ses traversées en terres sauvages. Je tremble également pour lui lorsqu’il me raconte les dangers et les avaries rencontrés. J’ai 25 ans à l’époque. Je me dis :

« Moi aussi, un jour, je ferai ça ! ».

Il s’est écoulé près de douze ans avant que je ne m’autorise à répondre à cette soif impérieuse. Depuis lors, quelle que soit la situation et même si mon voyage n’a rien à voir avec celui prévu initialement, une conviction a toujours perduré :

« Je suis à ma place et je réalise un rêve ».

Un rêve… J’en ai eu tant. J’en ai encore tellement. D’ailleurs au fil de mes rencontres, je constate que cette notion de « rêve » n’est pas la même pour tous. Pour certains, cela se rapproche d’un besoin, d’un désir tangible, possible à court terme. Pour d’autres, c’est un acte de foi en l’avenir et la vie. Enfin, telle la quête du Graal, il pourrait être aussi associé aux fantasmes ou à l’imaginaire plus qu’au réel.

Au fil de mes pérégrinations et de mes échanges, ce concept a pris de la profondeur. J’en ai observé différents aspects.

Pour Phuong, rencontrée au centre du Vietnam, c’est une promesse. Celle-ci n’est pas pour elle, mais pour ses enfants. Elle trime tous les jours dans les champs. Elle n’a pas fait d’études, car elle a dû travailler très jeune pour subvenir aux besoins de sa famille. Alors pour elle, quand on parle de rêve, c’est pour sa fille et ses deux fils. Elle espère qu’ils pourront aller à l’université. Elle aspire à une vie meilleure pour eux : ne pas être courbé douze heures durant, sous un soleil de plomb. Avoir un travail de bureau et ne pas être obligé de compter ou de se restreindre pour se nourrir.

Pour Ati, rencontrée à Banda Aceh sur l’île de Sumatra en Indonésie, elle ne peut que fantasmer sa liberté. Cette ville est sous la loi islamique. Sa condition de femme fait qu’elle passe de « propriété » de son père à « bien » de son époux. Je fais sa connaissance à l’écart du musée du tsunami. Elle tient une buvette où il n’y a personne. Nous pouvons parler en anglais sans être importunées ou jugées. Quand je lui dis qu’en Europe, je peux avoir mes papiers et un compte bancaire sans demander l’autorisation à quiconque, elle en a les larmes aux yeux. Inconsciemment, je représente pour Ati, en tant que femme occidentale et indépendante, un idéal. Elle songe à la délivrance que cela pourrait être de pouvoir choisir et décider en son nom. Mais, c’est une chimère. Elle est enceinte. Elle espère un fils. Une fille serait un drame. Elle ne souhaite à personne et encore moins à l’enfant à venir, une vie de prisonnière. Elle ne sait pas si un jour, dans son village, les femmes auront les mêmes droits que les hommes, mais pour supporter la réalité, elle a besoin de croire à cette illusion. Possible ailleurs, mais pas pour elle.

Pour Lucca, un expatrié français à Da Nang, son rêve a été extrêmement concret : avoir à manger. Nous sommes en août 2021. L’enfermement total à son domicile est en place depuis 10 jours en raison de la 4e vague de covid au Vietnam. Il n’a plus qu’une jardinière de légumes dans son frigo. Il ne peut pas sortir pour faire des courses et craint le pire. Ce jour-là, il oublie toutes ses envies futiles et ses ambitions. Sa seule préoccupation, c’est l’espoir de pouvoir combler ses besoins physiologiques.

Sari, rencontrée à Bali en mars 2018, fut mon instructrice de plongée. Sans le savoir, elle m’avait permis de concrétiser un projet fou : celui de pouvoir retrouver la joie de nager avec les tortues malgré mon accident de plongée survenu vingt ans auparavant. Cette jeune indonésienne de 25 ans à l’énergie débordante croit en une chose : rien n’est impossible. Aussi, elle a l’ambition de devenir une experte dans le domaine de l’écologie marine. Pour elle, ce n’est pas une utopie. Il suffit de s’en donner les moyens pour réaliser ses désirs. Alors d’études scientifiques en actions bénévoles partout en Indonésie, elle commence à se faire un nom dans le milieu. Après quatre ans d’un investissement sans faille, elle vient d’obtenir une bourse à l’Université de York au Royaume-Uni. Elle va pouvoir poursuivre son idéal et être diplômée d’ici un an.

Toutes ces personnes et tant d’autres m’inspirent au quotidien. Mon voyage, le covid, m’ont aussi beaucoup questionnée sur mes envies, mes engagements et mes rêves. Au fil du temps, je sais distinguer ce qui est essentiel ou fondamental à mon équilibre et ce qui m’est maintenant totalement superflu. Ma garde-robe et le conteneur de 35 m3 conservant toutes mes affaires d’avant mon départ en feront un jour les frais.

Si je souhaite toujours autant chevaucher en Mongolie, plonger à Rajat Ampat en Indonésie, participer à des missions bénévoles… l’expérience de vie initiée il y a deux ans m’a également transformée. Ainsi, ma perception du monde tout comme mes projets d’avenir ont évolué avec moi.

Il y a longtemps, je voulais être reporter. Mais j’avais considéré, pour diverses raisons, que ce métier était une utopie d’adolescente. Or, d’heureux hasards s’invitent : « il en faut peu… », certaines rencontres, vos encouragements… Cette soif impérieuse qui m’avait fait quitter le confort d’un emploi et mon appartement surgit de nouveau.

J’ai envie de tenter l’aventure de faire des reportages, des interviews, des documentaires. Je veux me donner les moyens de « viser la lune, car même en cas d’échec [j’atterrirais] dans les étoiles » – Oscar Wilde.

Une fois cette idée profondément ancrée dans ma tête et dans mon cœur, j’ai la chance de rencontrer, ici, au Vietnam un partenaire de road trip. Nous avons une philosophie et des objectifs communs : explorer, partager et promouvoir la culture vietnamienne, ses contrées et ses histoires.

À force de discussions, nous avons plus de soixante sujets qui voient le jour. Cependant, la quatrième vague de covid nous assigne à résidence. Frustrés de ne pouvoir initier mon projet, des anges me donnent des ailes et du courage :

« Tu ne peux pas voyager, mais tu peux tout de même te lancer. C’est ça aussi la vie de reporter. C’est s’adapter aux avaries, à l’imprévisible. Pense différemment. Réfléchis aux options qui s’ouvrent à toi. Envisage de nouvelles alternatives sans être bloquée sur l’idée première. ».

Ces conseils sont évidemment de bon sens. Cependant, en plein confinement, je ne les percevais pas. Les entendre fut libérateur.

J’ose demander des interviews. Je suis fébrile. Ai-je le talent ? Ne suis-je pas un imposteur ? Alors deux citations se rappellent à mon souvenir :

« Si vos rêves ne vous font pas peur, c’est qu’ils ne sont pas assez grands »

Ellen Johnson Sirleaf

« Le meilleur projet, c’est celui que vous créez pour les bonnes raisons, avec les bonnes personnes et de la bonne manière »

Maya Angelou

Deux ans après mon départ pour un tour d’Asie, un autre voyage commence. Je ressens la même fébrilité empreinte d’excitation devant ce nouvel avenir.

Mais il manque un cadre pour publier ces articles. De blocs WordPress en code CSS, mon frère siamois de reportages m’encourage, me challenge, me questionne et m’incite à croire en mes rêves. Lui est convaincu. Alors, dans la maquette initiale du site web en cours de construction, et juste pour moi, il met le logo du « National Geographic ». Il me dit : « je l’ai d’ores et déjà intégré, car je sais qu’un jour, ils te publieront ».

Après quelques semaines d’une collaboration créative et fructueuse, nous donnons vie à mon projet d’avenir : La Plume Web de Zoé.

Aujourd’hui, je suis heureuse de partager une part de ce rêve avec vous. La suite est à écrire et à vivre en votre compagnie.

——

PS : Merci Cher Mandarin B&C pour ton soutien, ta présence et les nuits blanches afin que le site de « La Plume Web de Zoé » voit le jour pour mon second anniversaire.

Merci Chers Conciles de Cabourg et du 48 réunis pour votre indéfectible amour et confiance.

14 commentaires

  • Jean-Luc SANJOSE

    Bravo pour ce nouveau projet !

    J’adore le nouveau profil et le site web de Zoe Delisle, longue vie à ce nom de plume et cette nouvelle carrière !

    Jean-Luc

  • Dalby

    Coucou Sarah quelle belle aventure et ce projet de reportages est très beau. Ca te correspond tout à fait. J espère que tu reviendras un jour en France pour nous parler de cette nouvelle vie. Pleins de bisous. Kiki

    • baloo

      Chère Kiki, Merci beaucoup pour ton message. Evidemment, je reviendrai un jour en France. Dans mon tour de l’hexagone, je passerai évidemment par Lyon 🙂 . Je serai tellement heureuse de te voir et d’échanger avec toi. La seule question qui est en suspens : c’est quand ? et pour combien de temps ?
      En attendant, où que je sois, ton rire m’accompagne :-).
      Prends bien soin de toi. A bientôt.

  • Lolo

    Bravo Sarah
    Comme je suis tellement content pour toi.
    Donner réalité à ses rêves c’est croire en soi et écouter son coeur plus que sa tête.
    J espère un jour cheminer vers cet ailleurs qui m’appelle. Mon projet repoussé pour cause de pandémie se réalisera sans doute. Je t’embrasse très fort. Lolo

    • baloo

      Mon Lolo, Mille mercis !!
      Je te souhaite de pouvoir poursuivre tes rêves et tes envies prochainement. C’est un chemin semé d’embuches mais tellement passionnant.
      On s’en parle quand tu veux. Tu sais que je suis là.
      Je t’embrasse et à bientôt.

  • Maider

    C’est génial de réussir à transformer ses rêves ! Bonne route et plein de succès sur ce nouveau chemin en espérant te recroiser un jour.

    A bientôt
    Maider

  • jean-loup craipeau

    Très joli site. Photos magnifiques.
    Et l’avantagr du Cicéron, c’est qu’il roule…
    Alors, fonce Sarah…
    Pardon, Zoé Delisle… avec laquelle la Marseillaise ne sera jamais loin.
    Bises et bravo
    Jean-Loup

  • Amandine Renard

    Wahou Sarah, je suis tellement heureuse pour toi. C’est merveilleux ce que tu entreprends et ta plume est superbe, j’adore te lire. Toutes mes félicitations pour suivre tes rêves. Plein de bisous et à bientôt j’espère.

  • Corinne

    Hello Sarah
    Quel magnifique témoignage à nouveau et heureuse pour toi de savoir que tu te lances.
    Tu en as le talent, la plume, l’envie et l’énergie. Alors bravo ! Tu n’auras jamais de regrets d’avoir suivi tes envies, tes rêves de petite fille c’est une merveilleuse aventure.
    À très vite !
    De grosses bises

    • baloo

      Bonjour Corinne,
      Merci pour ton soutien et tes encouragements. Peut-être un jour nous collaborerons de nouveau ensemble, toi avec un pinceau et moi une plume… L’idée germe 🙂
      A très vite. Bises

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