Java,  Les billets de Baloo

Traverser la rue

Regarde avant de traverser !

Combien de fois avons-nous entendu cette phrase ? Des dizaines ? Peut-être même des centaines de fois.

Depuis petit, nos parents nous apprennent à traverser la rue. Pour cela de nombreuses consignes sont données :

  • Ne pas lâcher la main
  • Traverser sans courir
  • Ne pas traverser sans regarder
  • Traverser aux passages piétons
  • Regarder d’abord à gauche (c’est de ce côté qu’arrivent les voitures) en tournant la tête, puis à droite et encore à gauche.
  • Attendre que le petit bonhomme soit vert
  • Identifier tous les dangers dus au trajet : parking, travaux, ou à la saison : la nuit, la pluie, la neige, les feuilles mortes…
  • Ne traverser que si les voitures sont très loin ou si elles sont bien arrêtées

Toutes ces règles nous les connaissons. Des films éducatifs ont même été élaborés à cet effet.



Mon éducation en matière de sécurité routière s’est parfaite lorsque j’ai passé mon permis.

Bref, je suis normalement à même de traverser la rue toute seule, comme une grande, et correctement.

La traversée

La première fois que j’ai eu un doute concernant ma capacité à traverser une rue, ce fut à Palerme, j’avais 19 ans. Je suis pourtant une parisienne aguerrie. En bonne parigote, je traverse quand le petit bonhomme est rouge, en dehors des passages piétons et j’engueule les automobilistes quand je suis en tort… Rien de plus normal, non ?

Mais à Palerme, là où règne la cohue la plus totale entre les vespas et les voitures, pour la première fois, j’ai eu peur. Je me suis posé la question, comment vais-je traverser ? En Italie et plus généralement dans le Sud, il faut savoir, toute exagération gardée, qu’il y a plusieurs couleurs de feu en plus des feux « vert » et « orange » qui sont toujours « vert » :

  • Le feu « rouge » qui est « vert »
  • Le feu « rouge » qui l’est pour les autres
  • Le feu « rouge » qui l’est car l’automobiliste de devant s’est arrêté sans possibilité de le doubler

Je revois cette scène chaotique : des véhicules vrombissant de partout, des feux non respectés, une cacophonie de klaxons… et moi qui me répète pendant de longues minutes : « on attend que le petit bonhomme soit vert. Ensuite, tu regardes à gauche puis à droite ». J’ai passé ce premier examen sicilien avec brio et quelques sueurs froides.

Trois années et demie en Italie, les voyages et la vigilance partagée prônée auprès de mes équipes lors de « quart d’heures sécurité » avaient, pensais-je, finalisé mon éducation en la matière.

Que nenni ! Me voilà en Asie.

Je me suis donc vue et je me vois encore parfois comme ce valeureux criquet porte-bonheur dans une scène connue de Mulan.



J’ai beau me répéter la liste des consignes de mon enfance, cela ne marche pas :

  • La circulation est inversée : il faut donc s’exercer à modifier tout ce que nous avons appris. On regarde à droite puis à gauche
  • Il n’y a pas de feux et/ou de passages piétons sauf dans certaines grandes villes. A noter que généralement le feu ne s’applique pas à toutes les voies
  • Il n’y a pas forcément de trottoirs pour attendre patiemment le moment adéquat pour traverser
  • Impossible d’attendre que les véhicules soient loin. Ils sont une multitude qui proviennent de partout vous permettant d’inhaler les gaz d’échappements à hautes doses. Je comprends d’ailleurs pourquoi les asiatiques se promènent souvent avec des masques chirurgicaux.

Dans ce parcours du combattant pour traverser une rue, j’ai de la chance. J’ai commencé mon initiation par des villages avant de m’attaquer aux grandes villes et notamment à Jakarta où la circulation est dense. Je me suis donc exercée à regarder du bon côté. Le problème, c’est que je me trompe toujours. Nos reflexes ont la peau dure.

J’ai donc mis en place les astuces suivantes :

  • J’emboite le pas aux locaux : si ça passe pour eux, ça passe pour moi !
  • Si je ne sens pas ce carrefour, ce n’est pas grave, je prends le prochain ou même le suivant. Je suis devenue la reine des détours. Je pourrais d’ailleurs écrire sur : « comment faire passer un trajet de cinq à vingt minutes à pied quand aucun croisement ne vous inspire confiance »
  • J’analyse toutes mes alternatives lors d’un croisement. J’identifie si je peux traverser en une, deux ou trois fois. Je cherche les replis et j’attends le bon créneau
  • Je ne fais pas confiance aux scooters pour s’arrêter mais aux voitures
  • J’ai mes mains libres pour signaler à droite puis à gauche aux véhicules de s’arrêter. Le mouvement est simple. Il s’agit d’agiter le bras comme si vous battiez d’une aile voluptueusement avec la paume en direction du conducteur
  • Je traverse parfois en apnée… je me dis que ça passera plus vite
  • J’ai proscrit certaines histoires, celle de paf le chien notamment… pauvre bête !

Je vous rassure avec le temps, on s’adapte. J’ai divisé par trois mon temps de réflexion à chaque intersection ce qui n’est pas rien…

Bientôt, j’obtiendrai mon permis international piéton 😉 .

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