Les billets de Baloo

« Bouddha est en moi »

Pour les inconditionnels de Stars Wars, on pourrait croire que cette phrase est inspirée de celles de Maître Yoda à Luke Skywalker : « Que la Force soit avec toi ». Ou encore « La Force est avec moi, et je fais corps avec la Force ». Je suis humblement navrée, cela n’a rien à voir.

Tout commence, lors d’une réunion d’équipe à Lyon. Pour une raison oubliée, une de mes managers me dit : « Arrête de vouloir retenir Bouddha par les cheveux, il est chauve ! ». « Bouddha est en moi » est né de cette hilarité générale.

Après, à chaque occasion où je devais prendre du recul, respirer, lâcher prise…, Bouddha n’était jamais bien loin. Ce « bouddha est en moi » est devenu un mantra, riche des sourires de mon équipe et de mon entourage.

À la réflexion, je suis sensible à la philosophie bouddhiste depuis un voyage au Sri Lanka, il y a dix ans. Pendant près de trois semaines, nous avons découvert ce pays fabuleux, ses sites, ses temples, ses traditions… Chacun des endroits : Anurâdhapura, Dambulla, Sigirîya, Mihintale, Polonnâruvâ… restent graver dans ma mémoire. Notre chauffeur, Dinesh, est le premier à m’initier à sa culture et sa religion. Je perçois toute la beauté des lieux et la ferveur de la population grâce à son regard.

Étrangement, plus je visite des temples, plus je suis curieuse. Je ressens une présence qui m’habite quand nous sommes invités à des cérémonies de prières. Sur la fin de notre périple, Dinesh nous recommande chaleureusement de gravir le pic Adam. L’indication donnée : c’est une ascension de nuit de près de 1000 mètres de dénivelé et plus de 5500 marches.

1 h du matin sonne, harnachés et munis de frontales comme uniquement les occidentaux le sont, nous partons. L’objectif : être au sommet à 2243 mètres pour le lever du jour. Rapidement, je me rends compte que nous sommes les seuls blancs. C’est un pèlerinage important pour tous les Singhalais.

Enfants, adultes, seniors, en tongs ou pieds nus, gravissent les marches sans peine. Bercés par les chants et guidés par les échoppes de café et de thé au bord du sentier et la faible lumière, nous avançons doucement. Je suis portée par l’ambiance spirituelle et chaleureuse qui m’entoure.

Nous arrivons à l’aube. Nous découvrons un ancien temple et des milliers de fidèles attendant patiemment au bruit des tambours que l’astre céleste inonde la vallée. Cependant, si ce lieu est important pour quatre religions, c’est en raison d’une cavité de près de deux mètres, représentant une empreinte de pas sacré. Pour les hindous, c’est la trace de Vishnu ou Shiva. Pour les catholiques et les musulmans, il s’agit du pied d’Adam à sa sortie du Jardin d’Eden. Enfin, pour les bouddhistes, c’est la marque du passage de Bouddha. Quoi que ce soit, alvéole due à l’érosion de la roche ou symbole mystique, le spectacle du soleil se levant et faisant découvrir aux yeux des fidèles ce vestige du temps est saisissant. Aussi, il ne s’agit pas ici de croire. Il faut juste accepter de se laisser baigner par la beauté du lieu, des visages dorés par les premiers rayons et du moment. Je me souviens clairement du sentiment de plénitude, de calme intérieur qui m’a envahi ce jour-là.

Depuis que je voyage en Asie et même si je ne me suis pas rendue dans des pays bouddhistes, cette impression de paix n’a fait que grandir. À chaque occasion, que ce soit avec Jeab à Chiang Mai, avec Colibri lorsque nous avons reçu la bénédiction d’un Monk à Angkor ou à l’occasion de Têt, j’ai perçu quelque chose. Est-ce dû au fait que je me connais chaque jour un peu plus ? Ou est-ce Bouddha qui s’installe durablement en moi ?

Cependant, que dit Bouddha ?

Avant toute chose, ce terme, en sanskrit, vient de la racine « budh » signifiant s’éveiller. Littéralement, Bouddha désigne celui « qui s’est éveillé ». Or, selon les premiers textes, il y a trois voies d’éveil :

  • L’auditeur : Il a atteint le nirvana c’est-à-dire l’extinction du désir humain entraînant la fin du cycle des réincarnations grâce à l’enseignement d’un bouddha
  • Le bouddha solitaire : Il a trouvé le sillon par lui-même, mais n’a pas les aptitudes pour accompagner les autres
  • Le bouddha pur et parfait. Il a atteint l’éveil et a les capacités pour enseigner

En poursuivant mes investigations, je tombe sur les trois joyaux du bouddhisme. Ils sont l’origine de tout. Il y a « Bouddha ». Ses enseignements permettent la compréhension de l’amour et d’être délivré de toutes les formes de souffrances notamment celles liées au désir humain. Puis le « Dharma », il représente l’ensemble des éléments qui composent le monde, les normes et les préceptes du bouddha. Et enfin « Sangha » qui symbolise la communauté et la capacité à vivre dans l’harmonie, dans la joie et de la pleine conscience.

Beaucoup plus simplement, les trois joyaux visent à reconnaitre et développer nos facultés à aimer et à comprendre tout ce qui nous entoure. Le but : mettre fin à toute souffrance, et donc à tout désir, en acceptant son origine et en identifiant sa cause et les moyens de l’éradiquer.

Pour ce faire, il est nécessaire de suivre et d’appliquer au quotidien le « Noble Sentier Octuple », composé de huit éléments bien distincts permettant d’atteindre le Nirvana :

  1. La vision juste,
  2. La pensée juste,
  3. La parole juste,
  4. L’action juste,
  5. Les moyens d’existence justes,
  6. L’effort juste,
  7. L’attention juste
  8. La concentration juste.

À la lecture de tout cela, qui ne représente qu’un préambule succinct pour non-initiés, puis-je vraiment dire que « Bouddha est en moi » ? Évidemment que non si on prend scrupuleusement les préceptes à la lettre. De plus, selon moi, se priver de tout désir reviendrait à manger mou et boire tiède. Autant dire, rien de bien réjouissant à long terme.

Sachant que mon objectif n’est pas de devenir bouddhiste, bouddha ou encore guru, ce n’est pas véritablement un problème. Je regarde au-delà. Ce qui m’interpelle c’est la philosophie qui conduit à aimer, respecter, protéger les hommes et notre environnement.

Pour chacun de ces éléments, mon voyage m’a amené humblement à reconsidérer certaines perceptions, croyances, valeurs, modes de vie. Il a aussi donné plus de corps à mon « il en faut peu… ».

Dans cette perspective, je pense intimement que Bouddha s’installe de plus en plus profondément en moi comme il l’est dans chacun de nous si l’on souhaite le voir.

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